Extraits de Ecoute et Assimilation de Maxime Kovalevsky

 



SOMMAIRE

 

I - Écoute et assimilation

Présence et écoute
Écoute et assimilation

II - L’action liturgique 

Eléments de base de toute liturgie chrétienne

La liturgie selon saint Germain de Paris

Structure, développement et signification symbolique de la liturgie eucharistique
Le rôle des fidèles dans la liturgie
Instructions pratiques
L’année liturgique suivant les usages de l'Église catholique orthodoxe de France
Le cycle des Fêtes fixes
Le cycle pascal
chrétien traditionnel

 


Ce texte fondamental fut publié pour la première fois en 1968.
Il est recommandé de le lire et de le relire
pour approfondir d’année en année la compréhension de la liturgie chrétienne.
Il peut être également complété par la lecture des articles sur la liturgie
de Maxime Kovalevsky, publiés dans les numéros 1, 3, 4, 5, 7, et 12 de Présence  Orthodoxe.


 

 

 

 

 

Écoute et assimilation
Présence et écoute

 

 

Comment l'homme doit-il être préparé pour recevoir pleinement la vérité chrétienne ? L'entendre ou l'apprendre comme une leçon ne sert à rien : il faut que tout l'être soit préparé aussi bien corporellement qu'intellectuellement, car cette vérité n'est pas du domaine scolaire. C'est pourquoi notre premier sujet d'étude sera : "être présent, écouter", et le suivant sera : "écouter et assimiler". Grâce aux offices, nous apprendrons à être présents, à écouter, à faire résonner la vérité par le chant et la lecture, et nous en tirerons les conséquences intérieures existentielles qui changent notre vie.
La présence est indispensable dans tout travail aussi bien intellectuel que spirituel. Ainsi, si quelqu'un est là, parmi nous, mais n'est pas présent : il se détourne. Si l'homme n'est pas présent, il ne peut rien apprendre, rien assimiler. Personne ne peut forcer qui que ce soit à travailler, à comprendre, à apprendre, si lui-même ne fait pas cet effort. Sa seule présence physique est inutile.
Qu'est-ce donc qu’être présent de la sorte ? L'évangile en parle souvent. Prenons un exemple évangélique simple : le Christ vient chez Marthe et Marie pour parler, pour apporter un message très important. Qui est présent ? Marie. Marthe, pleine de bonne volonté, s'occupe de choses matérielles, s'affaire pour la nourriture de l'assemblée attentive qui entoure le Messie. Mais elle oublie d'être présente à l'acte pour lequel a précisément lieu cette réunion : le Christ est venu pour enseigner. Marie s'assied aux pieds du Maître et l'écoute, tandis que Marthe s'indigne de ce que - selon elle - Marie n'est pas présente puisqu'elle ne fait pas son travail.... Le Christ dit alors à Marthe que son travail à elle, certes, n'est pas inutile, mais que c'est Marie qui a "choisi la meilleure part".
à partir de là, on en vient  trop souvent à déduire que la vie pratique d'un chrétien qui s'occupe des autres n'est pas une nécessité, et qu'il suffit d'être aux pieds du Christ et de l'écouter, et l'on juge cette attitude supérieure à l'autre. Mais ce n'est pas cela qu'a voulu dire le Christ. Il a voulu dire que, dans le cas présent, Il était venu pour parler : il fallait donc L'écouter. Quand nous voulons suivre l'apprentissage qu'est la catéchèse, il faut avant tout savoir pourquoi nous sommes venus, et être totalement présent à l'enseignement ; de même la pédagogie fondamentale apportée par la liturgie est elle aussi, surtout et avant tout autre, la catéchèse la plus efficace.
Si vous parcourez attentivement les Écritures et la littérature patristique, vous verrez que la présence est requise comme un préalable indispensable, après lequel seulement vient l'écoute.
Que signifie écouter ? C'est, pendant un moment, admettre qu'il y a un autre et que pendant un certain temps on n'existe pas à soi-même. Tant que l’on demeure soi, il faut bien reconnaître - en nous plaçant pour l'instant sur le plan purement humain -  que l'on n'écoute pas vraiment. Au moment où j'écoute l'autre, c'est lui seul qui doit exister pour moi, et plus rien de moi. Il est difficile, souvent, de ne pas tenter de deviner ce que l'autre va dire, et de même de le lui souffler... C'est le défaut de personnes d'un certain âge et qui ont trop réfléchi : elles croient que d'avance, tout est dit, et qu'il est inutile d'écouter des choses qui ne sont pas toujours intelligentes...
Si donc nous voulons nous catéchiser chrétiennement, nous devons abandonner cette attitude et apprendre à écouter, à rechercher quelque chose de nouveau pour nous qui, peut-être, nous enrichira. Le psalmiste dit : "Écoute, ma fille, et prête l'oreille", et le Christ  : "Bienheureux ceux qui écoutent la Parole et qui la gardent". Toutes les Écritures Saintes sont fondées sur la prééminence de l'écoute. Saint Bernard dit que le péché et la déformation de l'homme sont venus par l'oreille : Ève a écouté le serpent. Mais c'est par l'oreille aussi que le péché peut et doit être corrigé.
Nous verrons plus loin comment l'église, dans sa liturgie, nous apprend à écouter. Mais déjà je vous dévoile un secret élémentaire : toutes les techniques simples de notre liturgie sont basées sur l'écoute. Un des meilleurs exercices d'écoute est, par exemple, la méthode de chant avec "canonarque", base déjà de l'enseignement biblique : le maître prononçait une sentence profonde et utile - ou plutôt il la chantait, la psalmodiait - et les élèves la répétaient. Nos chants avec "canonarque" sont ainsi construits : un préchantre psalmodie un fragment de phrase, et tous la reprennent à sa suite, et ainsi fragment après fragment, tout le texte est enseigné aux fidèles. [ex. : "Venez, peuples..." (Pentecôte), ou "La Vierge aujourd'hui..." (Noël), etc.]. Pour pouvoir répéter, il faut écouter : c'est le principe élémentaire de base de toute tradition orale, celle par laquelle les vérités essentielles sont venues jusqu'à nous. 
L'enseignement scolaire classique refuse de faire répéter comme des perroquets, et fait exposer par l'élève, à peu près, avec son langage propre, ce qu'il croit avoir compris. Ce n'est pas un bon enseignement parce qu'il ne fait pas progresser l'être, le laissant dans les limites où il se trouve au moment où il commence à apprendre. Par contre, si l’élève sait qu'il devra répéter littéralement, il écoutera. S’il écoute, il assimilera. S’il assimile, il s’enrichira. S'il n'écoute pas, il demeurera lui-même, sans plus, dans ses propres limites. On sait que l'écoute d'une bonne conférence d'une heure remplace avantageusement plusieurs heures de lecture, sans quoi le conférencier ferait-il un tel effort ? En effet, l'assimilation par le son est à la fois naturelle et surnaturelle. La connaissance nous est donnée par le Christ à travers l'oreille : on sait de Lui seulement qu'Il parle. Jamais aucun de ses gestes n'est décrit, sauf quand Il a tracé - sur le sable - des signes, une fois où Il n'a pas voulu parler. Il n'a rien écrit... La liturgie des catéchumènes, enseignement de la Parole, est le prolongement jusqu'à nous de cette pédagogie orale, et c'est par la voie orale que le christianisme a été répandu, aussi bien par le Christ que par ses apôtres.
Notre présence donc se manifestera par notre faculté d'écoute. Combien ai-je connu d'étudiants qui viennent aux conférences pour faire acte de présence alors qu'ils font semblant d'être présents ? Or, dans notre catéchèse, il importera que nous ne fassions pas semblant d'écouter, de travailler. Il ne faut pas non plus incriminer celui qui professe, quand on ne l'a pas compris. En général, il n'est pas si mauvais que cela... Ce qui est mauvais, c'est qu'on ne l'a pas écouté. Je me répète volontairement, cela entre dans le cadre de notre catéchèse : écouter, c'est pendant un moment disparaître. Si vous ne disparaissez pas, vous n'écoutez pas. Pour écouter, vous devez croire que l'autre existe plus que vous et qu'il peut vous apporter quelque chose.
C'est cela la vraie humilité, et non pas de se dire pécheur, mauvais, de battre sa coulpe. L'humilité, c'est de savoir que parfois l'on n'est pas, qu'il existe autre chose d'aussi valable, de plus valable que soi. C'est un acte de confiance à faire, que d'admettre que nous puissions recevoir de quelqu'un d'autre. Ainsi, dans tout enseignement, il faut préalablement stipuler que le fait d'écouter n'est pas seulement un acte d'intérêt, de curiosité mais d'utilité. Cet effort peut servir, peut changer quelque chose à notre existence. C'est un effort existentiel. Quand l'homme écoute, il peut, pendant un moment, surmonter son égoïsme qui l'enferme dans sa coquille : il s'ouvre avec confiance à autre chose que lui-même dans l'espoir de trouver un moyen de se transformer.
Mais il ne suffit pas de savoir qu'il faut écouter. Il faut apprendre à réellement écouter. Une participation active, réelle, à la liturgie et aux offices est déjà l'exercice le plus valable.
Commençons à déblayer les lignes essentielles de l'enseignement chrétien. On oublie assez souvent des choses qui sont essentielles et même quel est le sens d'un enseignement qui se veut chrétien. Le christianisme n'est ni une philosophie ni une doctrine dans le sens scolaire du terme. C'est l'annonce d'une possibilité de vie nouvelle, fondée sur des bases pour l'acquisition desquelles il nous faudra, non seulement faire un effort d'écoute et d'acceptation, mais également de réflexion profonde et de méditation personnelle.
Le Christ Lui-même définit les éléments les plus simples sur lesquels est basée notre foi, et surtout les possibilités de "métanoïa", de changement que nous apporte la Bonne Nouvelle. Il nous en donne les prémices. Répondant à une question, Il dit  : "Tu aimeras ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. Sur ces deux commandements sont suspendus toute la Loi et les Prophètes". On a tendance à croire que ces deux commandements sont essentiellement chrétiens, alors qu'ils nous viennent de l'Ancien Testament. C'est le fondement biblique duquel part l'enseignement du Christ et non son aboutissement. Cela revient à dire que celui qui ne remplit pas les prescriptions de ces deux commandements n'est pas encore un homme religieux, avant même d'être un chrétien. Celui qui ne peut pas aimer Dieu comme il est prescrit, ne peut pas comprendre le christianisme : il restera toujours à côté.
Réfléchissons sur ces deux commandements. Pourquoi ce second commandement biblique : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" ? Il y a une sagesse extraordinaire dans ce "comme toi-même" : il ne faut pas entendre "comme = autant", mais "comme = de la même manière que". Ce n'est pas une question de degré mais de nature. C'est là qu'on voit combien ces formulations bibliques sont extraordinaires, courtes, concises et d'une profondeur théologique insurpassable. Nos rapports avec le Dieu transcendant sont exactement définis par le premier de ces deux commandements, ainsi que par le second -nos rapports avec le prochain avec lequel nous devons rester "sur le même niveau". Ce commandement élimine toute divinisation de l'homme pour lui-même. C'était important à une époque où, selon une constante de toutes les religions, Dieu était séparé de l'humanité par une multitude de divinités, qui n'étaient que des projections de l'intelligence humaine, dans les limites des capacités humaines, et - à un niveau inférieur - par une série de héros. C'est toujours aussi important de nos jours où l'on parle volontiers d'idoles, où l'on en arrive à diviniser des personnalités. Ces hommes, aussi merveilleux soient ils, ne sont que nos frères et nos égaux  : "Tu aimeras ton prochain comme toi‑même".
Qu'est-ce que le christianisme apporte ici de nouveau à la parole biblique ? Le Christ le dit pendant son dernier entretien avec ses apôtres, au cours de la dernière Cène : "Je vous donne un commandement nouveau, de vous aimer les uns les autres comme Je vous ai aimés", c'est-à-dire qu'à partir de l'Incarnation de Dieu dans la personne du Christ, Dieu transcendant devenant connaissable, nous pouvons aimer le prochain d'un amour "divin", d'un autre amour qui, celui-là, est supérieur à l'amour que l'on porte à soi-même. Le Christ dit en particulier : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour autrui". Telle est la mesure qui montre que nous aimons l'autre plus que nous-mêmes. Si un tel amour est possible, c'est parce que la Révélation de l'Incarnation divine est donnée : Dieu S'est incarné en Christ à travers Qui nous pouvons voir Dieu dans tout prochain, sans pour autant tomber dans l'idolâtrie. Telle est, dans ce domaine, la Révélation essentielle du christianisme. Si on l'abandonne, il n'y a plus de christianisme.
Donc, toute forme sociale d'un christianisme qui veut mettre au premier plan le service immédiat du prochain sans autre condition, est, au fond, un retour en arrière. C'est une régression à partir de ce que nous a apporté de nouveau le Christ. Nous pouvons aimer jusqu'au sacrifice, parce que nous savons que le mystère chrétien nous offre la possibilité, non seulement d'être solidaires de tous les hommes, mais encore d'aspirer à une déification de l'humanité : l'homme devient non seulement image de Dieu, mais "comme Dieu". C'est un point très délicat, et si nous ne maintenons pas strictement une éducation chrétienne, nous pouvons retomber dans l'idolâtrie d'un saint, d'un prêtre, de son conjoint, d'un professeur... tout en croyant rester chrétien, alors que ce nouvel amour "plus fort que la mort" est donné uniquement à l'image de Dieu qui se trouve dans le prochain, et non pas au prochain en tant qu'être par lui-même. En tant qu'individu, tout homme est égal à l'autre devant Dieu. Nous pouvons évidement avoir des préférences personnelles, mais pour être saines, elles doivent rester dans les limites du commandement : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".
Revenons maintenant au grand commandement  : "Tu aimeras ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de toute ta pensée". à première vue, cela paraît impossible. Saint Jean dit qu'en la matière il y a énormément de menteurs : un homme qui dit aimer Dieu alors qu'il n'aime pas son frère, ment. Le frère qu'il voit tous les jours, s’il ne l'aime pas, alors comment Dieu qu'il ne voit pas, prétend-il L'aimer ? Il y a là un point mystérieux, et si l'on veut doctrinalement, rationnellement le décrire, on obtient toujours de fausses conclusions. C'est un problème d'expérience religieuse. C'est Dieu Lui-même Qui nous donne la faculté de L'aimer. S'Il ne nous l'a pas donnée, nous devons Le supplier de nous l'accorder. Nous devons chercher en nous-mêmes ce qui nous manque pour que nous soyons ainsi privés de cette possibilité d'amour. Mais il ne faut pas nous forcer, nous dire : "Je veux aimer Dieu de toute mon âme, de tout mon cœur, de toute ma pensée..." On peut s'efforcer d'aimer son prochain comme soi-même parce que le niveau est le même. Mais dans l'amour de Dieu, nous sommes dans le domaine d'une hiérophanie, d'une apparition du sacré.
Il faut que dans notre vie, soit personnelle soit collective (par la liturgie dans l'église), se produise une manifestation divine à partir de laquelle pourra se développer cet amour de Dieu. Une fois reçu, ressenti dans notre cœur, il ne faut pas le laisser s'éteindre. Il n'y a pas de développement automatique en ce domaine : la Révélation la plus profonde, la plus authentiquement religieuse, n'est que les prémices d'un travail intérieur. Nous ne pouvons pas créer l'amorce de notre conversion à Dieu : c'est Lui Qui nous la donnera, mais une fois saisis par cet amour de Dieu, nous pouvons et devons le développer.
C'est là qu'apparaît une dimension nouvelle, avec le second commandement. Non sans un certain humour, saint Jean nous donne un système : "Commence à aimer ton prochain, cela t'apprendra à aimer Dieu... ". à un être qui s'est déjà exercé à aimer, l'amour de Dieu peut se révéler. Il n'y a plus alors de difficulté : un être saisi par l'amour divin l'est tout entier, "de tout son cœur", parce qu'il aura vu la Réalité auprès de laquelle tout le reste devient moins réel. C'est là le grand mystère de la vie religieuse...
Personnellement, je n'ai jamais senti la réalité du monde sans Dieu. Un tel monde m'a toujours paru factice, illusoire. Parce que nous avons peur et que nous nous accrochons aux objets, aux faits de l'existence quotidienne, nous croyons vivre. Or, si nous nous analysons lucidement, sans peur, nous nous rendons compte que nous ne vivons pas, que ce que nous nous appelons réalité n'est que l'écoulement de fictions successives. Une fois touché par la grâce de l'amour divin, l'homme s'aperçoit qu'il existe une Réalité qui perce au-delà d'une foi abstraite, et traverse ce monde fictif qui devient alors ce que nous appelons sacré. Le monde ainsi sacralisé commence à prendre un certain poids, à se remplir d'un certain contenu : soudain tout prend un sens, même s'il s'estompe de temps en temps. Dès que l’on s’éloigne  du premier commandement, dès que dans sa pensée, ses sentiments ou ses désirs, l'homme donne la préférence à autre chose qu'à Dieu, cette réalité subtile, mais néanmoins sensible, commence à s'effriter, et nous retombons dans un monde informe. Ceci est très caractéristique de notre époque.
Voyez l'humanité : elle ne croit plus, au fond, à la réalité de la vie qui l'entoure. C'est sans doute pour cela que certains (peut-être les plus éveillés...) cherchent des moyens d'évasion, que ce soit le yoga, les stupéfiants, la musique pop ou autres succédanés... Tous les éléments de recherche de la Réalité se trouvent réunis là : les gens cherchent à être - ne serait-ce qu'un bref instant - en contact avec quelque chose de plus réel que le monde irréel.
Et c'est là que nous devons être attentifs à notre responsabilité : nous possédons la Révélation chrétienne  qui est, non seulement une révélation religieuse extraordinaire, mais une doctrine qui "tient debout". Elle peut donner une solution à tous ces chercheurs de vérité qui déjà se rapprochent de Jésus en dehors de l'institution ecclésiale, notamment en Amérique depuis peu. Nous ne devons pas juger ces mouvements désordonnés mais les comprendre, et comprendre que s'ils sont en porte-à-faux, c'est parce que nous sommes nous-mêmes en porte-à-faux.
Avant qu'ils ne se livrent à des recherches fantaisistes, les chrétiens, eux, avaient oublié ce qui est nécessaire à l'homme, et en particulier, qu'il existe une autre réalité que la réalité quotidienne. On peut en effet être apparemment religieux - quelle que soit cette religion, chrétienne ou non  - et vivre dans un monde profane où la réalité n'est que le confort, les affaires, le logement, le plaisir. Disons franchement que tous, dès l'école, nous avons été ainsi éduqués, et qu'il nous a été suggéré une fausse image de la Réalité.
Celui qui cherche la Réalité devrait se précipiter vers Dieu qu'il pourrait aimer de tout son cœur, mais il ne le fait pas parce que Dieu était, et reste encore pour beaucoup,  placé dans la boîte des idées religieuses, pourrait-on dire, dans un compartiment réservé, au lieu d'être présenté comme la Réalité suprême, la seule qui nous fasse vivre. C'est là que nous péchons contre ce commandement primordial qui veut que, justement, nous placions Dieu, non dans un secteur particulier de notre vie, mais dans sa totalité. Même alors, ce n'est encore qu'un début : on n'est pas encore chrétien, mais simplement religieux, dans le sens biblique du mot.
Nous avons donc, grosso-modo, éclairci les deux commandements pré-chrétiens que nous devons nécessairement méditer avant d'enchaîner sur l'enseignement de l'église. Rien qu'avec cette étude préliminaire, j'espère avoir su éveiller en vous quelques réflexions. Apprenons donc avant tout à écouter pour que la Parole se dépose en nous et y travaille. Ne répugnons pas à apprendre par cœur : ce qu'on a ainsi retenu constituera la matière de livres déposés dans notre subconscient, et nous pourrons par la suite les y retrouver spontanément et relire de mémoire en y découvrant des richesses qu'enfant (ou néophyte) nous ne savions encore y voir. Notre catéchèse aura ce double aspect : nous nous efforcerons d'apprendre par cœur certaines formules que l'enseignement chrétien déposera dans notre intelligence et notre cœur (par exemple le Credo, le Notre Père), et quand viendra pour chacun de nous la nécessité de méditer ce que nous aurons ainsi appris, nous n'aurons plus besoin de compulser des ouvrages. La matière sera déjà en nous.


ÉCOUTE ET ASSIMILATION

Approfondissons et méditons le texte évangélique de saint Luc, chapitre 8 :
« Une grande foule s'étant amassée, des gens étaient venus à Lui de diverses villes ; Jésus dit en parabole : ‘Le semeur sortit pour répandre sa semence, et, pendant qu'il semait, une partie tomba le long du chemin et fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Une autre partie tomba sur la pierre et aussitôt levée sécha, parce qu'elle n'avait pas d'humidité. Une autre partie tomba parmi les épines et les épines croissant avec elle l'étouffèrent. Une autre partie tomba dans la bonne terre, et ayant levé, elle donna du fruit au centuple.’ Parlant  ainsi, Il  disait : ‘Que celui qui a des oreilles entende bien.’ Ses disciples Lui demandèrent ce que signifiait cette parabole. ‘A vous, leur dit-Il, il a été donné de connaître le mystère du Royaume de Dieu, tandis qu'aux autres il est annoncé en paraboles, de sorte qu'en voyant ils ne voient point et qu'en entendant ils ne comprennent point.’ Voici ce que signifie cette parabole : la semence, c'est la parole de Dieu. Ceux qui sont le long du chemin, sont ceux qui entendent la parole mais chez qui ensuite vient le démon qui l'enlève de leur cœur, de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés. Ceux en qui on sème sur la pierre, ce sont ceux qui entendent la parole et la reçoivent avec joie, mais comme elle ne peut pas prendre racine, ils croient pour un temps et succombent à l'heure de la tentation. Le grain qui est tombé parmi les épines est pour ceux qui, ayant entendu la parole, la laissent peu à peu étouffer par les soucis, les richesses, les plaisirs de la ville. Il n'arrive pas à maturité. Enfin, ce qui est tombé dans la bonne terre est pour ceux qui, ayant entendu la parole avec un cœur bon et excellent, la gardent et portent du fruit par la constance. »
à cela il faut rajouter un texte de saint Matthieu (13, 31-32) :
« Le Royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé que l'homme a pris et a semé dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences, mais lorsqu'il a poussé, il est plus grand que toutes les plantes potagères. Il devient un arbre de sorte que les oiseaux du ciel viennent s'abriter dans ses rameaux. »
Il faut encore ajouter la parabole du bon grain et de l'ivraie (Mat 13, 24-30), bien connue, où le Christ parle de l'homme qui a semé du bon grain, avant que le diable ne vienne derrière lui semer de l'ivraie, et qui voit lever en même temps les bonnes et les mauvaises graines. à celui qui veut arracher les mauvaises plantes, Dieu dit d'attendre, parce qu'il risque d'arracher en même temps quelques épis de blé, d'attendre la moisson et ensuite de faire le tri pour engranger le bon grain et brûler l'ivraie.
Ceci a un rapport direct avec notre sujet : l'écoute. Celui qui a des oreilles, qu'il entende. Comment la parole de Dieu s'assimile-t-elle ? Comment entre-t-elle dans notre cœur pour nous transformer ? Ces paraboles l'expliquent toutes avec précision : c'est par une assimilation progressive.
Le petit grain imperceptible devient une plante immense... Le grain lève tandis que l'homme sommeille... Il en est de même de nous devant l'enseignement du Christ. Notre effort ne doit pas aller au-delà d'une réceptivité sans réserve. Il ne faut pas à tout prix faire des déductions rapides, s'imaginer qu'on a tout compris et que d'emblée on sait. "Écoute, ne réfléchis pas, mais tiens ce que tu as entendu". Les personnes pieuses lisent inlassablement les Écritures jusqu'à ce que les paroles de Dieu restent dans leur subconscient comme des livres vivants. Animées d'une force intérieure, ces paroles germent en elles comme une semence et, progressivement, leur donnent la possibilité d'assimiler organiquement pour répondre aux questions qui se poseront à elles par la suite. L'enseignement du Christ ne nous donne pas de solutions formulées d'avance, de recettes, mais, en nous offrant d'assimiler Sa parole, il nous donne la possibilité de trouver ultérieurement des solutions à des cas concrets.
Il faut bien comprendre cette attitude pour la faire nôtre. Elle nécessite un effort soutenu mais sans crispation. Notre effort doit être continu : nous sommes la terre qui travaille inlassablement, sur laquelle tombe la pluie, dans laquelle le grain se décompose pour renaître en quelque chose d'autre. Nous devons l'aider, et si nous n'arrosons pas, la terre se dessèche.
La parabole, très précise, nous protège aussi du désespoir inutile. Ce que  nous avons reçu avec confiance, avec ouverture d'esprit, travaille de soi-même en nous. Si nous ne voyons pas le fruit immédiat, nous ne devons pas nous en étonner, bien au contraire. Il faut nous réjouir que ce travail se fasse si lentement, et patienter. S'il n'en était pas ainsi, le christianisme serait voué à l'échec. Il y a deux mille ans que le Christ a parlé, et nous vivons encore, pour la plupart, comme si Ses paroles n'avaient pas été énoncées...
Le fait de prononcer certaines vérités, de les publier, d'écrire des millions de livres, de discuter théologie pendant deux mille ans, de construire une culture soi-disant chrétienne, n'empêche pas les êtres d'être mauvais. Si l'on ne comprenait pas que l'enseignement du Christ et de l'église est une semence et non une doctrine, il y aurait de quoi désespérer. Mais les crises qui, périodiquement secouent les églises chrétiennes où tout est loin d'être parfait, sont des crises de croissance : le grain commence - encore - à se décomposer pour donner son fruit plus tard. C'est ainsi que le Christ a conçu Son enseignement.
Dans le texte de saint Luc que nous venons de lire, nous verrons qu'il n'y a là que des paroles simples, accessibles à tous, mais d'une précision et d'une profondeur extraordinaires.
Le semeur est le prédicateur, ici Dieu même, le Christ, ou encore chacun de nous quand nous tentons de faire connaître le mystère de ce qu'Il a dit et fait. Chacun de nous qui entre en communication avec autrui peut être assimilé à un semeur qui donne ce qui lui a été donné, sans chercher à savoir d'avance si cela portera ou non des fruits, non comme un contradicteur qui imposera ses vues, ou un mage qui apportera des révélations spirituelles. Même si nous n'avons pas beaucoup d'espoir, le grain semé lèvera tôt ou tard, bien que nous ne puissions jamais vraiment savoir dans quelle terre nous semons.
Le semeur jette sa semence, et quelques graines tombent au bord de la route : c'est l'attitude la plus caractéristique de notre époque. Tous nous sommes près de la route qui joue un rôle si important en cette ère d'agitation. Dans nos villes, ne restons-nous pas dans nos maisons quand nous ne marchons pas dans les rues ? La première difficulté vient de notre vie citadine : le grain tombe près de la route où passe le diable, où surviennent tant d'impressions que le grain ne parvient pas à pénétrer en nous, nous sommes trop sollicités par une foule de distractions passagères.
Le Christ dit encore : "Une partie tomba sur la pierre, et aussitôt levée, elle sécha parce qu'elle n'avait pas d'humidité". Il explique ensuite aux apôtres que ceux en qui on sème sur la pierre sont ceux qui entendent la parole, la reçoivent avec joie mais en qui rien ne prend racine. Ils croient pour un temps et succombent à l'heure de la tentation. On explique généralement cette parabole par l'allusion facile à des "cœurs de pierre", à des gens durs, méchants. Mais cela va plus loin. Dans le texte symbolique, le Christ dit : "Elle leva très vite, mais elle sécha parce qu'elle n'avait pas d'humidité". Il s'agit là de l'homme emballé, du feu de paille sèche, sans humidité. La semence y lève vite, plus vite même qu'ailleurs - il y a peu de terre sur la pierre bien chauffée par le soleil et le grain lève rapidement, mais les racines ne peuvent pas se former parce qu'elles ne peuvent pas pénétrer. Cet homme "sans humidité", c'est l'homme abstrait, intellectuel, savant, qui comprend  très vite, mais n'est pas disponible. Un tel homme se croit éclairé par ses lectures et croit pouvoir aussitôt briller à travers des formules frappantes prises dans ses nouvelles acquisitions. C'est un piège qu'il faut savoir éviter.
L'homme de la première parabole ne recueille pas la parole ; celui de la deuxième la recueille trop rapidement et comprend sans assimiler réellement. C'est une des tentations de notre siècle. Ces hommes ne sont pas "bons" pour le Royaume des cieux, car, comme dit le Christ, leur foi sèche succombera aux tentations : une autre doctrine mieux exposée, mieux charpentée, balaiera leurs croyances mal enracinées.
Une troisième attitude, peut-être moins dangereuse aujourd'hui où tout est remis en cause, mais grand fléau du christianisme pendant des siècles de "christianisme-religion d'habitude", "religion d’État", c'est celle des épines qui empêchent  la graine de parvenir à maturité. Ce sont les soucis, les petits ou grands intérêts de la vie, la petite vie bourgeoise ou les grandes ambitions qui accaparent l'être et ne lui laissent plus assez de temps ni d'endurance pour assimiler progressivement ce qu'il a entendu.
Le Christ dit que la parole divine donne une possibilité de croissance non seulement  pour notre vie spirituelle en Dieu, mais pour notre personnalité totale et dans tous les domaines, aussi bien dans celui de l'art que dans celui de nos affaires. Une vie chrétienne bien comprise donne plus de liberté, de force, d'équilibre ; ceux-ci croissent en même temps que la maturité spirituelle. Mais elle comporte également le germe d'un danger. Par exemple, c'est dans le monde protestant du XVIIème siècle que le capitalisme est né d'une certaine "logique chrétienne". En effet, quand on comprend que l'on n'est que gérant des affaires du monde, que l'on ne travaille pas pour soi seul, mais aussi pour Dieu, on arrive à mieux travailler, plus efficacement. On s'enrichit, mais cet enrichissement même devient progressivement une plante nuisible, une mauvaise herbe qui dissimule le bien-fondé de l'intention première. Paradoxalement, les résultats d'un christianisme bien réfléchi peuvent assez facilement étouffer le christianisme lui-même.
Enfin, le Christ dit : "Une autre partie tomba dans la bonne terre et donna du fruit au centuple (...) et porta du fruit par la constance". Non seulement il faut que la terre soit bonne pour l'ensemencement, que l'homme ait un cœur "bon et excellent ", mais les fruits ne seront portés que "par la constance". L'impossibilité de comprendre, de s'instruire sans soutenir un effort étendu dans le temps n'est pas une constatation théorique ou doctrinaire. L'idée même de semence contient en elle la notion de durée certaine pour le mûrissement spirituel. Il n'est pas possible, dans la domaine de la connaissance vivante, d'éviter l'apprentissage. L'enseignement "extérieur" est nécessaire mais jamais suffisant. On ne peut, par exemple, chanter mieux après avoir lu un traité sur  la pose de la voix.
Le Christ dit de façon précise et imagée que seul l'homme qui met la main à la pâte ou à la charrue, commencera à comprendre ce qui lui est dit, mais cela ne signifie pas qu'il n'est pas important que les choses soient dites. En effet, un autre écueil nous attend dans la vie spirituelle et dans la connaissance du christianisme : croire que par nous-mêmes, par une sorte d'intuition qui pourrait être prise pour une inspiration du Saint-Esprit, nous pouvons savoir et agir. Ce n'est pas possible : nous devons écouter avant de savoir et d'agir. Le Christ insiste. Quand Il termine sa parabole, Il n'explique pas, Il laisse ses auditeurs dans une sorte de consternation : "Parlant ainsi, Il disait à haute voix : que celui qui a des oreilles entende bien", qu'il laisse pénétrer en lui la semence. Enfermés dans notre coquille, nous ne pouvons apprendre le Royaume de Dieu. Nous l'avons vu : écouter, c'est cesser d'exister et admettre que quelque chose existe qui est plus que soi.
Après l'écoute, l'étape suivante est donc l'attente. Si le Christ avait voulu dire que la compréhension peut être immédiate, Il aurait comparé la parole à un torrent ou à un éclair. Or, la parole est semence. Ne faisons pas de déductions rapides. Peut-être viendra une autre parole qui apportera une sève nouvelle à la précédente, comme la pluie qui vient aider la maturation.
C'est bien pour cela qu'il y a les études de théologie, les églises, la liturgie. Et là, nous  en revenons à la question : quel est le rôle de la liturgie ?  Elle prévoit qu'il faut écouter mais admet d'avance... qu'on n'écoute pas ou qu'on écoute mal. Pourquoi la liturgie se répète-t-elle chaque jour, chaque semaine, chaque année? C'est pour aider à l'assimilation. à la n-ième fois, on entendra peut-être quelques chose que l'on finira par retenir.
l’église  ne nous oblige pas à faire des déductions immédiates, personne ne nous demande si nous avons compris. Nous sommes libres d'avancer dans la compréhension, ou de nous retirer si cela ne nous convient pas. L'enseignement des Écritures, tout comme celui de l'église, propose sans relâche et rappelle que certaines vérités demandent à être répétées d'innombrables fois pour être à peu près comprises. Ce n'est pas pure théorie, puisque ce système donne de bons résultats. Celui qui ne comprend pas la nécessité de la liturgie, il vaut mieux qu'il ne vienne pas à l'église. Mais celui qui n'est pas fermé à ce mode d'enseignement admet assez facilement qu'il se fait par couches successives et progressives de répétitions. On pourrait analyser la technique de ce processus, mais c'est secondaire. Ce qui est important, c'est d'entrer dans ce jeu librement, sans crispation, de se laisser pénétrer par ces répétitions en se souvenant de la parabole pour comprendre qu'elles sont les semences qui se déversent dans l'âme et progressivement y porteront leur fruit, si cette âme n'est ni trop desséchée ni trop brûlante, si elle ne les enfouit pas sous les soucis, les richesses, les plaisirs...
Il y a évidement là un certain danger pour ceux qui participent à la richesse de l'église : la richesse acquise par la liturgie peut étouffer la liturgie elle-même : nous pouvons nous sentir riches et être étouffés par cette richesse qui nous est destinée. Ce n'est pas pour elle-même que cette richesse nous est donnée, mais pour que nous assimilions la parole de Dieu et en soyons transformés et que nous transformions le monde. Ce n'est pas pour que nous soyons riches, pour que nous sachions bien parler de religion, ou présenter de beaux offices en paradant. Voilà encore de ces épines. Il est très facile pour un homme pieux de profiter de la richesse qu'il trouve dans l'église pour s'enrichir de l'extérieur. On voit ainsi des êtres "nuls" qui, ainsi enrichis extérieurement, parviennent à faire illusion et même devenir clercs et acquérir par là un poids nouveau pour eux. Ils peuvent profiter humainement de cette nouvelle dimension : c'est une tentation. Le Christ ne dit pas que fatalement ils seront mauvais, mais qu'ils ne parviendront que difficilement à maturité, étouffés par leurs propres mauvaises herbes.
La maturité n'est pas donnée par une doctrine bien apprise. Elle est la possibilité acquise de distinguer par soi-même ce qui est vérité de ce qui ne l'est pas, ce qui est de Dieu de ce qui n'est pas de Lui. C'est l'apprentissage difficile que tout l'enseignement biblique et évangélique nous offre de pouvoir faire.
Je me répète, mais je voudrais que vous compreniez bien la raison de tous ces cours où l'on répète sans cesse des choses pas toujours tellement bien dites. Mais toute chose trop bien dite est suspecte, car elle correspond à un cœur sans profondeur. Voyez les hommes politiques qui parlent admirablement bien : ils sont capables de faire prendre n'importe quoi pour vérité révélée. Autant la parole divine est une semence, autant la parole humaine est une prostitution. Nous ne pourrons jamais assez lutter contre la tentation de présenter comme vraies des choses à demi vraies. L'homme qui sait bien raisonner et bien parler peut faire passer tout ce qu'il veut pour vérité.
Il n'est pas mauvais qu'ici, même nous, vos professeurs, nous n'hésitions pas à balbutier. Dès qu'on arrive à une dialectique impeccable, on ne sème plus comme il faut, on sème à côté. Souvent un excellent professeur, quand il présente un problème ou pose une question, présente en même temps, incluse, la réponse. Il ne peut alors y avoir maturation intime de l'auditeur. Il y a bien entendu des cas où il suffit de suivre, comme quand le Christ disait à ses apôtres de le suivre "en abandonnant tout". Mais alors il n'y a pas enseignement : il y a appel.
Tout cela doit nous engager à travailler sans tomber en désespoir devant notre médiocrité. Les crises de désespoirs ne sont que des crises de croissance. Si nous avons fait ce qu'il faut pour que le grain germe, il germera. Peut-être est-il justement en train de se décomposer pour sortir de terre comme une plante vigoureuse.
Concluons sur cette double perspective : tout n'est pas donné, il faut travailler - et nous ne pouvons pas tout faire. Ce qui est semé en nous de l'extérieur progressera lentement à condition que nous ayons de la constance.