Journée Kovalevsky - Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Denys
Journées Kovalevsky

« Journées Kovalevsky »


L'on sait tout ce que la renaissance de l'orthodoxie en France doit à Eugraph Kovalevsky (1905-1970), devenu en 1964, l'Évêque Jean de Saint-Denis.


Pourtant, à part les ouvrages de Vincent Bourne et de Maxime Kovalevsky qui documentent l'histoire de l'Église catholique orthodoxe de France, dont il fut en quelque sorte le refondateur, on est relativement dépourvu d'études bien documentées sur sa vie, sa formation, les divers aspects de son œuvre, les critiques qui lui ont été adressées, et l'influence qu'il a exercée. C'est à quoi voudraient remédier, à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance, les Journées d'études organisées pendant l'année universitaire 2005-2006 à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Denys, qu'il a fondé à Paris en 1944.


En effet, la vie et l'œuvre d'Eugraph Kovalevsky ont été d'une grande richesse. Qu'on en juge : dès son jeune âge (il arriva en France à l'âge de 17 ans avec les siens qui fuyaient la révolution bolchevique en Russie), il eut l'intuition que la présence des émigrés russes sur le sol français n'était pas un simple accident de l'histoire. Grâce à sa famille, très francophile, Eugraph connaissait l'art, l'histoire et la littérature, et plus encore, l'esprit français. Plus tard, il n'hésitera pas à servir la France, ce qui lui vaudra quatre années de captivité en Allemagne, et il se fera naturaliser Français. Convaincu que la France n'était pas seulement une terre d'asile temporaire, mais un vieux pays chrétien, riche de traditions profondément enracinées, ayant avec l'Église orthodoxe d'Orient un long passé commun qu'il s'agissait de retrouver, il réussit à en persuader quelques amis russes, exilés comme lui, et il fonda à cette fin la Confrérie Saint-Photius. Mais Eugraph Kovalevsky n'étudiait le passé du christianisme que pour mieux préparer l'avenir.


Ce prophétisme, qui lui valut des inimitiés durables de la part de certains de ses compatriotes exilés, lui acquit l'amitié de quelques personnalités éclatantes, telles que Lossky, Madaule, Maritain, Gabriel Marcel et bien d'autres que l'on retrouvera au fil des communications. Il fut ainsi amené à rencontrer le P. Louis Irénée Winnaert, prêtre catholique qui poursuivait, pour sa part, une quête analogue à partir du catholicisme romain. Grâce à leurs efforts, le groupe de fidèles réunis autour d'eux dès avant la deuxième guerre mondiale constitua l'Église orthodoxe de France et put s'établir en 1946 dans l'Église Saint-Denis, boulevard Blanqui, louée à l'Église Vieille Catholique, et placée depuis lors sous le patronage de saint Irénée. Le P. Eugraph Kovalevsky installa dans le bâtiment situé derrière l'Église un Institut de théologie orthodoxe de langue française, l’Institut Saint-Denys. Sacré Évêque en 1964 sous le nom de Monseigneur Jean de Saint-Denis, Eugraph Kovalevsky a laissé une œuvre liturgique et théologique particulièrement profonde et significative.


On voit à quel point il peut être utile d'approfondir les détails d'une existence aussi pleine et aussi féconde. Mais on n'aura garde d'oublier l'entourage familial et amical d'Eugraph Kovalevsky. Car l'Évêque Jean est issu d'une famille qui a produit une foule de personnages actifs dans l'administration, ou demeurés célèbres par l'originalité de leurs travaux dans plusieurs domaines de la pensée. On rappellera la mémoire de quelques uns d'entre eux, en privilégiant ceux qui ont établi des liens avec la France. On évoquera aussi les activités, en Russie et en France, des parents de l'Évêque Jean : Eugraph Petrovich Kovalevsky (1865-1941), son épouse, née Irina Strekalov, professeur d'histoire. Enfin, on étudiera la contribution de ses deux frères, Pierre, historien, et Maxime, compositeur, qui ont été, d'une manière ou d'une autre, associés à ses travaux, et ont également joué un rôle significatif dans la vie intellectuelle et spirituelle de notre pays.


Aussi, depuis la première « Journée » qui eut lieu le 17 décembre 2005, année du centième anniversaire de la naissance au ciel de Monseigneur Jean de Saint-Denis, l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Denys renouvelle, d’année en année, ces temps de rencontres afin d’honorer sa mémoire et celle des siens., tant est grande la richesse à partager.

 

Dixième « Journée Kovalevsky »

Monseigneur Irénée Winnaert

Le contexte  philosophique, spirituel et religieux qui conduisit Monseigneur Winnaert à la rencontre d’Eugraph Kovalevsky,
ouvrant le chemin de  la résurgence de l’orthodoxie française.
Samedi 9 décembre 2017
de 9 h 30  à 12 h 30 et  de 14 h 30 à 17 h 30


Première Journée, samedi 17 décembre 2005


La contribution d'un émigré russe à la vie intellectuelle, artistique et spirituelle en France au XXème siècle



Intervenants :

Évêque Germain, Christian Bange, Hélène Iankoff, Hubert Ordronneau, Vincent Tanazacq, Jean Doussard.


Thèmes étudiés :

  • Les Kovalevsky et leur contribution à la vie scientifique au XIXème siècle.
  • Les parents d'Eugraph Kovalevsky.
  • L'œuvre iconographique de Monseigneur Jean : les fresques.
  • Monseigneur Jean et la liturgie selon saint Germain de Paris.
  • édition des œuvres de l’Évêque Jean de Saint-Denis (Monseigneur Jean Kovalevsky).
  • L’art liturgique et Maxime Kovalevsky.

Table ronde : l’Évêque Jean, vu par ceux qui l'ont connu. Témoignages de Maurice Rouch et Jean Bachelot.


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Fresque : Paroisse de la Théophanie, Montpellier.



Deuxième Journée, samedi 1er avril 2006


La théologie existentielle de l'Évêque Jean de Saint-Denis



Intervenants :

Évêque Germain, Jean-Siméon Rocher, Bernard Besret, Renée Bange, Bernard Jakobiak, Hubert Ordronneau, John Collomb.


Thèmes étudiés :

  • Les fondements phénoménologiques de la pensée théologique de l'Évêque Jean Kovalevsky.
  • Une vision globale de l’homme dans l’œuvre de l'Évêque Jean Kovalevsky.
  • La déification  : l'Évêque Jean dans la tradition vivante de l’Église.
  • Le discernement des esprits chez l’Évêque Jean et son application aux distinctions et aux unions entre théologie, philosophie et sciences.
  • L'instant, le temps, les temps, selon l'Évêque Jean.
  • L'âme et l'esprit et leurs fonctions respectives chez l'Évêque Jean Kovalevsky.

Table ronde : Témoignages : l'enseignement théologique de l’Évêque Jean, d'après ceux qui l'ont connu. Témoignages d’Odette Barnoud et de Renée Bange.


Troisième Journée, samedi 21 octobre 2006


L’Évêque Jean (Eugraph Kovalevsky) peintre et iconographe.

L’action pastorale et missionnaire de l'Évêque Jean de Saint-Denis.



bbIntervenants :

Évêque Germain, Hélène Iankoff, Françoise Chilès, Christian Bange, Renée Bange, Nasca (Philippe Favier).


Thèmes étudiés :

Jean (Eugraph Kovalevsky), peintre et iconographe

  • Eugraph Kovalevsky et la peinture.
  • L’art profane d'Eugraph Kovalevsky.
  • Les fondements de l'iconographie selon l'Évêque Jean.
  • L'œuvre iconographique de Monseigneur Jean : les icônes.

L'Évêque Jean (Eugraph Kovalevsky) et son œuvre missionnaire

  • Le Petit Père - Front et captivité : une captivante correspondance.
  • La fondation des paroisses en province et à l'étranger par le P. Eugraph Kovalevsky.
  • Eugraph Kovalevsky conférencier : les conférences aux Amis du Musée Guimet (Lyon).

Icône du Fils prodigueTémoignage : l’Évêque Jean, vu par ceux qui l'ont connu - le témoignage de Geoffroy de Souzenelle.



Quatrième Journée, samedi 30 juin 2007


L’Ecclésiologie



Intervenants :

Évêque Germain, Iegor Reznikoff, Jean-François Var, Jean-Siméon Rocher, Christian Bange.


Thèmes étudiés :

  • Orient et Occident : quelle ecclésiologie ?
  • L’Évêque Jean (Eugraph Kovalevsky) et l’universalisme de l’Église.
  • L’Église et l’histoire.
  • L’Ésprit-Saint, l’Église et les nations : à partir de contre les hérésies, livre III, de saint Irénée de Lyon, sur un commentaire de l’Évêque Jean.
  • « La Constitution de l’Église » ; commentaire de la 34ème règle apostolique par l’archiprêtre Eugraph Kovalavsky.

Témoignage : l’Évêque Jean, vu par ceux qui l'ont connu - le témoignage d’Hilarion Petzold.



Cinquième Journée, samedi 4 octobre 2008


Sainte Russie et Sainte France : Histoire, Liturgie, Art ; Pierre et Maxime Kovalevsky



Intervenants :

Évêque Germain, Hubert Ordronneau, Renée et Christian Bange, Jean-Siméon Rocher, Jean-Louis Guillaud, Jean Doussard.


Thèmes étudiés :

Pierre Kovalevsky

  • La fondation et les débuts de l’Institut Saint-Denys.
  • Pierre Kovalevsky : l’universitaire et le chercheur.
  • Les ouvrages publiés par Pierre Kovalevsky : le professeur et l’histoire.

de gauche à droite Maxime Kovalevsky, Monseigneur Jean (Eugraph Kovalevsky), Pierre Kovalevsky



Maxime Kovalevsky

  • Maxime Kovalevsky, créateur et serviteur du chant liturgique.
  • L’esprit de la liturgie chez Maxime Kovalevsky.
  • L’art liturgique.
  • D’après Maxime Kovalevsky : « Méthode d’investigations du développement de la liturgie au cours de l’histoire ».
  • D’après Pierre Kovalevsky : « Hommage à mon frère Maxime (30 août 1973) ».

Sixième Journée, samedi 17 octobre 2009


La restauration de la liturgie selon l’ancien rite des Gaules



Intervenants :

Évêque Germain, Jean-Louis Guillaud, Renée et Christian Bange, Vincent Tanazacq, Jean Doussard, Patrick Bernardin.


Thèmes étudiés :

  • Les travaux sur l’antique liturgie des Gaules du XVIIème au début du XXème siècle.
  • La Confrérie Saint-Photius et ses recherches sur la liturgie occidentale (1925-1945).
  • La restitution du canon eucharistique de l’ancienne liturgie du rite des Gaules.
  • L’œuvre liturgique de l’Évêque Jean de Saint-Denis.
  • étude sur la compénétration des rites selon l’Évêque Jean, et sa mise en œuvre ou son passage aux actes.
  • Restauration musicale de la liturgie occidentale par Maxime Kovalevsky.
  • Premier aperçu sur les travaux récents relatifs aux liturgies occidentales non romaines.

Témoignage : l’Évêque Jean, vu par ceux qui l'ont connu - le témoignage de Geoffroy de Souzenelle sur les célébrations liturgiques de l’Évêque Jean.



Septième Journée, samedi 11 décembre 2010


L’Institut Saint-Denys, ses professeurs et ses étudiants pendant le rectorat de l’Évêque Jean (1944-1970)



Intervenants :

Évêque Germain, Renée et Christian Bange, Jean-François Var, Jean-Louis Guillaud, Spyridon Tauzin, Vincent Tanazacq, Geoffroy de Souzenelle, Jacques d’Arès.


Thèmes étudiés :

  • L’Institut Saint-Denys entre 1944 et 1950, ses premiers professeurs et ses premiers étudiants.
  • Vladimir Lossky, premier doyen de l’Institut Saint-Denys.
  • L’œuvre liturgique d’Alexis Van der Mensbrugghe, inspecteur, puis professeur à l’Institut Saint-Denys.
  • Dom Lambert Beauduin et le Père Louis Bouyer, un maître et son disciple au service de la tradition toujours neuve.
  • Le Père Alexandre Schmemann.
  • Vladimir Iljine, du Théâtre thérapeutique à Kiev (1905) à l’enseignement de la philosophie à l’Institut Saint-Denys.
  • Mon souvenir du Père Sophrony.
  • Témoignage sur Marie-Madeleine Davy.


Huitième Journée, samedi 10 décembre 2011


L’Ecclésiologie, nécessité contemporaine



Intervenants :

Évêque Germain, Romaric d’Amico, Jean-Louis Guillaud, Iegor Reznikoff.


Thèmes étudiés :

  • L’honneur de l’Église.
  • L’Église et les Églises 
  • Propos et actions ecclésiologiques de l’Évêque Jean (Eugraph Kovalevsky) en correspondance avec les missions des apôtres Pierre et Paul
  • Le temple universel 

Table ronde animée par : Hubert Ordronneau, Patrick Vilbert, Vincent Tanazacq.


Neuvième Journée, samedi 7 décembre 2013


Monseigneur Louis Irénée Winnaert, l’Église du Christ et la Queste de Vérité.


Au cours des années 1920, un prêtre catholique romain, le Père Louis Charles Irénée Winnaert (1880-1937), animé de la volonté de retrouver l’authenticité de l’Église du Christ, n’hésita pas à quitter l’Église catholique romaine afin de retrouver la pureté de la foi de l’Église indivise, et fut sacré évêque dans la tradition des Églises libres catholiques. Il entreprit de célébrer la messe en apportant au rite romain alors en usage les modifications qui lui paraissaient nécessaires pour le mettre en conformité avec les dogmes proclamés par les premiers conciles. à la même époque, la Confrérie de Saint-Photius, fondée en 1925 par quelques jeunes étudiants russes, envisageait prophétiquement le renouveau de l’orthodoxie en France, et encouragea la formation de la première paroisse orthodoxe de langue française, confiée au Père Lev Gillet. Ce dernier mit en relation avec les Églises orthodoxes Monseigneur Winnaert  qui, grâce à l’intervention de la Confrérie de Saint Photius et notamment de ses principaux animateurs, Evgraph Kovalevsky et Vladimir Lossky, fut reçu dans la communion de l’Église orthodoxe russe en 1936 avec la bénédiction du  Métropolite Serge (devenu par la suite Patriarche de Moscou). Après la mort de Monseigneur Winnaert, en mars 1937, Evgraph Kovalevsky allait se trouver chargé d’assurer, contre vents et marées, la pérennité de cette aventureuse entreprise. Les noms de Winnaert et de Kovalevsky (auxquels il convient de joindre celui de Lev Gillet) sont donc liés indissociablement à la rénovation de l’orthodoxie en France.


Les précédentes Journées Kovalevsky ont été dédiées à divers aspects de la vie et de l’œuvre des frères Kovalevsky, et plus particulièrement de l’évêque Jean. Cette neuvième journée sera consacrée à Monseigneur Louis Charles Irénée Winnaert. On dispose à son sujet d’un ouvrage dû à Yvonne Winnaert qui, malgré ses tendances hagiographiques, n’en constitue pas moins un travail substantiel et sérieux où l’on trouve décrit l’essentiel de sa vie et de son œuvre (Vincent Bourne [Yvonne Winnaert], La Queste de vérité d’Irénée Winnaert, Genève, Labor et Fides, 1966, 339 p). Depuis lors, quelques articles ont, de temps à autre, attiré l’attention sur son rôle dans le rétablissement de l’orthodoxie en France. Il paraît opportun, au moment où l’ecclésiologie s’impose comme l’un des problèmes importants de notre temps, de réexaminer à frais nouveaux le cheminement de Louis Charles Irénée Winnaert, qui, de son adhésion au Sillon et à son départ de l’Église romaine, jusqu’à sa rencontre avec l’orthodoxie suivie par la reconnaissance en 1936 par l’Église de Russie de l’orthodoxie de l’Église catholique évangélique qu’il avait fondée, en passant par les rencontres oecuméniques qu’il instaura dès 1923, n’a cessé de méditer sur ce qui constitue en vérité l’Église du Christ.               


Programme


9 h 30 - 9 h 45 : Accueil des participants par le doyen, Hubert Ordronneau,

9 h 45 - 10 h : Pourquoi Monseigneur Winnaert ?

Présentation par Monseigneur Germain de Saint-Denis.

10 h 15 - 10 h 45 : Le sens de « l’unité profonde » de l’Église chez Monseigneur Winnaert.

Par le Père Jean-Louis Guillaud, vicaire, recteur de la paroisse de Pau.

11 h - 11 h 45 : La vision du Christ total chez Monseigneur Winnaert : l’Église, bergerie eschatologique qui réunit tout et tous.

Par le Père Clément Heinisch, paroisse de Lyon.
12 h - 12 h 45 : La Confrérie Saint-Photius et Monseigneur Winnaert.

Par Christian et Renée Bange.


13 h - 14 h 30 : Pause pour le déjeuner.


14 h 30 - 15 h 15 :Monseigneur Winnaert : le liturge.

Par Vincent Tanazacq, archidiacre de la paroisse Saint-Irénée de Paris.

15 h 30 - 16 h 15 :Un nouvel Abraham ; un prophète pour l’Église contemporaine.

Par Monseigneur Germain, évêque de Saint-Denis.

16 h 30 - 17 h 15 :L’apport spécifique de Monseigneur Winnaert.

Conclusion : Échanges entre les intervenants et les participants.



 


Dixième Journée, samedi 9 décembre 2017


Monseigneur Irénée Winnaert : Le contexte  philosophique, spirituel et religieux qui conduisit Monseigneur Winnaert à la rencontre d’Eugraph Kovalevsky,ouvrant le chemin de  la résurgence de l’orthodoxie française.



Intervenants :

Monseigneur Germain, Monseigneur Benoît, Hubert Ordronneau.


Thèmes étudiés :

    Les thèmes de cettejournée portent essentiellement sur le terreau / le terroir / le territoire  qui ont vu la résurgence de l’Église catholique orthodoxe de France. Il s’agit d’interroger en quelque sorte l’histoire de la pensée française entre 1890 et 1930, et de se demander ce qu’y représente  notamment le Modernisme, - dite Crise Moderniste - à travers  la pensée de : 

     

  • Alfred Loisy, déclencheur de la crise moderniste en 1902, et excommunié en 1908 ;
  • Lucien Laberthonnière, cet oratorien professeur de philosophie, qui deviendra l’ami de Maurice Blondel et sera professeur au collège de Juilly ;
  • Marc Sangnier, polytechnicien, initiateur du Sillon, qui tente de contrebalancer le matérialisme de la gauche anticléricale auprès des ouvriers.

Alfred Loisy Lucien Laberthonnière Marc Sangnier
Alfred Loisy
Lucien Laberthonnière
Marc Sangnier

Prévue de longue date, pour faire suite à la première journée consacrée à Monseigneur Winnaert
- le 7 décembre 2013 - celle-ci fut par deux fois reportée.
Les orateurs s’étaient attachés à mettre en lumière la vie
en Christ du hiérarque, et l’élaboration de sa pastorale, car ce fut un homme toujours soucieux de trouver, pour le petit troupeau qui le suivait depuis son éloignement progressif de l’Église romaine, la bergerie où sa quête trouverait enfin son sens ou, pour le dire autrement, la lumière que le boisseau recouvrait lourdement, dans la spiritualité dominante de l’époque. Non que l’homme fût en soi en rupture avec Rome ; bien plutôt il brûlait d’une ardeur évangélique qui semblait reléguée alors derrière un moralisme stérilisant et cachée sous le boisseau d’un dogmatisme sans appel. Le numéro double de Présence orthodoxe (178-179) en a rendu compte en 2016.
Il a paru intéressant cette fois, de montrer comment la pensée
- évolution, choix, rencontres, option finale sur l’orthodoxie - de Monseigneur Winnaert s’était greffée autant sur les préoccupations de l’Église romaine que sur celles de certains philosophes de cette époque, et comment son itinéraire personnel s’est trouvé progressivement illuminé par ce qui s’est révélé être l’orthodoxie - chemin de « révélation » en quelque sorte car il était en son être intime déjà orthodoxe - et comment il allait croiser la route d’Eugraph Kovalevsky, jeune Russe exilé, futur évêque Jean de Saint-Denis.
Il s’agissait donc de prendre
en compte le contexte philosophique, religieux et spirituel dans lequel Monseigneur Winnaert a été formé, d’évaluer quels dialogues étaient ou non possibles avec sa hiérarchie, quel écho pouvait recevoir sa quête. Le thème avait été collégialement proposé ainsi :
« Notre réflexion portera essentiellement sur le terreau /le terroir / le territoire qui a vu la résurgence de l’Église orthodoxe de France. Il s’agit pour ce faire, en effet, d’interroger l’histoire de la pensée française entre 1890 et 1930, et de se demander ce qu’y représente le
« Modernisme » à travers la pensée de :
-              Alfred Loisy, déclencheur de ce qu’on appellera la « crise moderniste » en 1908, et excommunié en 1912 ;
-              Lucien Laberthonnière, cet oratorien professeur de philosophie, qui deviendra l’ami de Maurice Blondel, et rappellera maintes fois que « la vérité est d’abord charité » ;
-              Marc Sangnier, directeur du Sillon, créé par Paul Renaudin dans l’esprit de l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, et qui en ses débuts reçoit l’appui de Pie X et des évêques, jusqu’à sa condamnation en 1910 par le même Pie X. »
Que pense et vit Monseigneur Winnaert dans ce contexte sera le point de focalisation de notre réflexion.
Il ne s’agissait nullement de montrer que Monseigneur Winnaert fut moderniste, car, effectivement, il ne le fut pas, mais il s'agissait de considérer, en repensant le rapport des chrétiens et de l’Église, qu’il créait lui aussi un état de
fait auquel la hiérarchie ecclésiastique restait étrangère, ou pour le moins exagérément prudente.
Dans cette perspective trois orateurs ont pris la parole, devant un auditoire qui aurait pu être plus nombreux, mais qui était extrêmement attentif.
Hubert Ordronneau, doyen de l’Institut, a d’abord présenté le chemin et la personnalité extrêmement attachante de Lucien Laberthonnière. Il a mis en lumière sa formation, son exigence, ses engagements sans faille, son obéissance à l’Église, malgré les interdits de publication qui l’accablent, mais aussi la poursuite assidue de ses écrits, de sa recherche, de sa méditation sur l’évolution du monde ; il rappelle la place qu’il assigne au chrétien responsable face aux boule-versements sociétaux et idéologiques auxquels l’Église ne pouvait se dérober, sa théorie de l’éducation, où il distingue « l’autorité qui asservit, et celle qui permet de servir ».
Il rappelle surtout la mission qu’il se donne, dès sa deuxième année de formation au grand séminaire de Bourges, saisi un jour par une « illumination intérieure » : il doit « se consacrer à la philosophie comme théologien, pour répondre aux interrogations intellectuelles de ses contemporains »
L. Laberthonnière, en effet, n’a jamais perdu de vue que les élites : penseurs, écrivains, hommes politiques et gestionnaires divers avaient grandement besoin pour être à la hauteur de leur rôle de guide et d’organisateur des sociétés civiles ou politiques, d’une aide philosophique, spirituelle, de haute volée. Plus que pour d’autres encore, leur intelligence avait besoin de référence humaniste et religieuse, qui leur permît de prendre en compte l’histoire des hommes dans leur plénitude. Il ne manquera jamais à cet engagement devant Dieu et devant lui-même.
Monseigneur Benoît, évêque de Pau, après une pause qui permet des échanges avec l’auditoire sur ce premier exposé, prend la parole à son tour et
il nous précise d’emblée que : « L’abbé Louis Winnaert est attaché à la tradition de l’Église tout en étant ouvert aux idées et réflexions de son temps : il prend donc contact avec les idées dites ‘modernistes’, et notamment celles de Loisy ».
Alfred Loisy (1857-1940) fut incontestablement le père du modernisme. à ce titre, et à bien d’autres, c’est une figure qui se distingue notablement de celle de L. Laberthonnière, même si tous deux sont d’éminents théologiens. Mais ses brillantes études à l’Institut catholique de Paris, sa méthode historico-critique précédant la démarche d’exégèse, le projettent sous les feux de la célébrité, entraînant aussi sa chute, et sa révocation. à ce point, il faut tenter de définir le modernisme :
« Le modernisme vise un ensemble de tendances assez disparates, qui avaient en commun de vouloir combler le fossé séparant l’enseignement traditionnel de l’Église et les jeunes sciences nées en dehors d’elle. Il est condamné par
Pie X dans l’encyclique Pascendi dominici gregis (Paître le troupeau du Seigneur) du 8 septembre 1907 qui y voit la 'synthèse de toutes les hérésies' et le condamne sans appel.
En réalité, le modernisme n’est pas une hérésie, c’est une tendance d’esprit, un climat intellectuel, une crise de conscience. Les modernistes sont engendrés par un amour dévoué pour l’Église et par un élan idéaliste ».
On reconnaît donc chez lui la même avide nécessité intérieure que chez L. Laberthonnière de ne pas maintenir l’Église hors des préoccupations spirituelles qui hantent le monde moderne qui se crée sous leurs yeux : monde scientifique, technique, industriel qui change la face du monde.On comprend bien que c’est un conflit théologie-science qui envahit l’espace philosophique et religieux en ce début de
XXe siècle.
Monseigneur Germain avait mission de faire émerger de
ce contexte intellectuel mouvementé la personnalité de Monseigneur Winnaert et, pour mieux dire, ce qu’on appelle depuis, dans notre Église, sa « quête de vérité ».
à ce titre, Monseigneur Winnaert s’inscrit dans l’Histoire, selon la conception chrétienne, c’est-à-dire « la rencontre dans le temps et l’espace entre la volonté divine et la volonté humaine, qu’on peut appeler 'partition synergétique' ». Mais cette Histoire est aussi celle de l’Église en France, qui traverse une grave crise, et de nombreux clercs avec elle.
Louis Irénée Winnaert, ordonné en 1905, entre dans l’Église au moment même où son impact dans la vie civile est interdit. Mais « libre en esprit, il va ». Et pour bien faire comprendre son itinéraire, qui paraît parfois chaotique à ceux qui n’ont pas lu, ou ont lu trop hâtivement la « Queste de vérité », et pour le rendre aussi plus lisible et plus familier, Monseigneur Germain recense un certain nombre de déclarations de Louis Irénée Winnaert puisées dans cet ouvrage. Il égrène des moments-clés de cette route si personnelle, mais qui s’inspire toujours de celui qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie » : moment où il se met en route vers l’Église, au désert ecclésiologique, à l’entrée des mystères, d’abord en tant que prêtre puis en tant qu’évêque.
Ces passages, nous les énumérons à notre tour pour que chacun se donne le temps de les méditer en relisant cet ouvrage exceptionnel qui met si vivement en lumière les éléments qui rapprochent Monseigneur Winnaert, à partir de 1925 surtout, de l’orthodoxie. Déclarations donc sur : l’Unité, la Théologie, le Faire et l’Être, la nature de l’Église, la Catholicité, ce « hâter le temps » dont parlent, chacun à sa façon, Pierre et Paul, puis la Liturgie, la Tradition, l’Église, la Voie, l’époque qu’il vit et ses tourments, et enfin l’Église orthodoxe.
Finalement, nous voyons surgir de cette route parfois ombreuse et périlleuse, un homme libre, prêt à entrer dans l’orthodoxie, à rencontrer Eugraph Kovalevsky et à contribuer, à sa façon, à la résurgence de l’Église catholique orthodoxe de France.

 

Hubert Ordronneau, doyen.