Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Denys

Discours d'ouverture

Les Discours d’ouverture de l’année 2017-2018 - samedi 7 octobre 2017



Le mot du Doyen, Hubert Ordronneau,


 

« Distinguer pour unir », c’est le titre d’un ouvrage du philosophe chrétien Jacques Maritain, paru en 1932. Je me garderai bien d’entrer dans les querelles sur les questions de réalisme et d’idéalisme, qui constituent le fond de cet ouvrage.


Simplement, ce titre m’est revenu en mémoire en songeant à la rentrée de l’Institut de théologie, et il m’a semblé que l’expression pouvait être féconde en l’appliquant à la question : quelle place pour notre Institut aujourd’hui, trois ans après en avoir célébré le soixante-dixième anniversaire ? En effet, en ce début du XXIème siècle, qui se partage sur ce plan spirituel entre les crises antireligieuses et les soubresauts d’un spiritualisme échevelé et vaporeux, entre les élans mystiques de certaines communautés et les écoles de sagesse où « le divin », progressivement et insidieusement, supplante le mot « Dieu », mais aussi entre une sécularisation forcenée et un désir vigoureux de religiosité, quelle place est laissée au travail de notre Institut ?


Maritain, en écrivant son ouvrage, voulait attirer l’attention du lecteur sur la nécessité de convier pour sa quête spirituelle son intelligence et, aiguillon plus souple mais plus acéré, son discernement. Voilà le mot dont chacun se réclame ! Et c’est ce point qui nous retient en l’occurrence. Comment blâmer l’aspiration à ce don de l’Esprit-Saint ? Et pourtant n’y aurait-il pas grande naïveté à penser que le discernement s’acquiert tout seul, magiquement, par enchantement ? S’il s’acquiert indubitablement par l’opération du Saint-Esprit comme le dit l’expression familière, pertinente en l’occurrence, notre intelligence raisonnante est conviée, elle aussi, à se mettre en route pour accueillir l’Esprit, à se purifier par l’écoute attentive et régulière d’un enseignement, celui des Écritures, celui des Pères, celui de la Tradition et tout particulièrement celui de l’Évangile.


Doit-on partir en guerre contre l’idée exagérément répandue dans certains milieux - et le nôtre n’y échappe pas - que Dieu donne tout, sans que l’homme y donne son consentement, consentement actif s’entend, et non passif, qu’il suffit de demander, et que toutes les grâces ruisselleront sur notre être tout entier ? Non, chacun le sait. Certes Dieu distribue sa grâce sans compter, et elle est indispensable à notre salut devant lequel nos possibilités seulement humaines nous laissent infirmes ; et si le Christ dit : « Demandez et vous recevrez », (Matthieu et Luc) nous savons bien que demander n’est pas un acte banal, inspiré par une attitude purement extérieure, réductrice elle-même de la qualité de la demande, mais un acte enraciné dans le sens et l’interrogation d’une humanité qui, sans en être toujours consciente, s’acharne à réparer ce que la première faute de l’homme a déchiré. Réparation en effet de la dispersion, de la dislocation et de l’errance. Le Christ, rapporte saint Jean (14, 13), nous enseigne la technique de la prière, pour reprendre  les propos de l’évêque Jean : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, Je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils ». Notre demande doit donc se faire au nom du Christ, et non en notre nom, car au bout du compte le Christ nous a aussi enseigné ceci : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ».

Il faut donc en son for intérieur s’interroger : qu’est-ce que demander ? Suffit-il de crier : « Seigneur, Seigneur… exauce-moi » ? sans que le corps pratique la moindre ascèse, sans que le cœur se purifie ? sans que l’esprit se mette en condition de comprendre, accueillir et recevoir ? Rappelons-nous les paroles du Christ rapportées par Matthieu en 7, 21 : « Ceux qui Me disent ‘Seigneur, Seigneur !’ n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux », et encore au verset 24 : « C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que Je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc ». Nous y revoilà, bâtir sur le roc, et non sur le prisme trompeur des illusions, comme l’ont fait Adam et Ève, pour éviter à jamais la dispersion et l’errance comme nous l’avons dit.


Voilà pourquoi existe un Institut de théologie orthodoxe : pour tenter de bâtir sur le roc ! C’est dans cet esprit qu’il a été fondé par l’évêque Jean en novembre1944, comme nous le rappelle dans un article minutieux et tonique Renée Bange (in Présence orthodoxe, n° en préparation) .
Permettez-moi donc de revenir vers Maritain, et aux premiers mots de la préface de l’ouvrage déjà cité : Distinguer pour unir.
Voici les premiers mots de sa préface : « Le titre de cet ouvrage en dit assez le dessein. La dispersion et la confusion sont également contraires à la nature de l’esprit. « Personne, dit Taule (mystique du XIVème siècle, disciple de Maître Eckart), n’entend mieux la vraie distinction que ceux qui sont entrés dans l’unité » ; « Et de même personne, poursuit Maritain, ne connaît vraiment l’unité s’il ne connaît aussi la distinction ».
Ces remarques sont retirées de leur contexte qui se fixe comme objet : « l’effort de synthèse métaphysique ». Pourtant ces propos ne sont pas incompatibles avec une saine démarche théologique. En effet, si toute démarche cognitive induit le double mouvement de globalité et de diversité alternées, le chemin vers une appropriation de l’univers théologique n’échappe pas à cette nécessité, bien qu’elle les transcende d’une certaine façon par son objet d’étude.


Mais c’est aussi le moment de redire que la théologie ne se limite pas à cette accumulation de connaissances, fussent-elles bien ordonnées et brillamment exposées dans des traités savants ; il y faut aussi le désir d’entendre ce que Dieu dit et à l’Église, et à chacun de nous. C’est à ce titre d’ailleurs que la fréquentation de l’Institut, toute proportion gardée, s’apparente à une liturgie, dans la mesure où cette fréquentation s’accompagne d’un état intérieur d’humilité et de désir, en donnant à ce mot la force du mot grec « épithumia », c’est-à-dire la passion, ici la passion de Dieu avec qui le désir de communion apprend à ne plus connaître de limites.
Sans doute, répliqueront les esprits les plus critiques, voilà une haute ambition, un peu prétentieuse tout de même. Ils auront raison de nous stimuler ainsi tous, étudiants et professeurs, pour que nous soyons constamment à la hauteur non seulement de ce que nous attendons, mais aussi de ce que nous ne connaissons pas encore et qui nous sera révélé par une écoute attentive et ardente de ce que les Écritures et la Tradition professent hautement dans le cadre de notre enseignement, et murmurent aussi à l’oreille de chacun dans son for intérieur.


Puisse cette exigence amener aussi à ce travail dans notre Institut ceux-là mêmes qui s’en tiennent toujours éloignés et cèdent à la critique facile.

Ainsi l’ordre, dans nos pensées et dans notre âme, s’opérera non par le seul outil de la pensée discursive, mais aussi par l’assiduité de l’écoute, par l’humilité du cœur qui rend disponible et joyeux, afin de « distinguer pour unir », c’est-à-dire insérer le discernement au centre stratégique de notre réflexion et de nos comportements. Pour éviter autant les pièges de la prétention que de la frivolité, en songeant que c’est aussi un chemin de liberté et de charité car il met Dieu au milieu de notre route. Et cela peut aussi s’apprendre puisque le Christ a jugé bon de le rappeler à ceux que l’on appelait les docteurs de la Loi.
Que cette année académique s’ouvre dans la lumière et la joie de la connaissance de Dieu.

 




Discours d'ouverture de Monseigneur Germain, Recteur

 

« En envoyant les apôtres et les disciples enseigner et baptiser les nations,
le Christ prévoit-Il la jonction de l'existence quotidienne avec les mystères ».

».

Connaissez-vous Vladimir Lossky ? Il fut notre doyen et disciple d’Etienne Gilson, le grand scholastique du XXème siècle.
Vladimir Lossky aimait à dire que l’Esprit-Saint remplit l’office de « pousseur » de l’homme vers Dieu –un peu comme ces pousseurs japonais qui, dans le métro de Tokyo « poussent » les gens pour qu’ils rentrent (on ferme les portes, quand tous sont pris dans la boîte de sardines).
Saint Irénée de Lyon, au IIème  siècle dit que deux liturgies sont célébrées dans l’univers :

    • une liturgie du Christ qui unit Dieu à l’humanité – en langage contemporain, on pourrait dire une liturgie qui « structure » l’univers,
    • et,
    • une liturgie du Saint-Esprit qui amène les nations vers la Jérusalem céleste, la Jérusalem céleste étant le lieu nommé : « lieu du Jour du Seigneur », là où « les rois de la terre apporteront leur gloire et leur honneur », comme dit l’Apocalypse. Saint Irénée est le seul Père de l’Eglise à parler de cette liturgie du Saint-Esprit.

L’Eglise, elle, est ainsi le lieu de jonction de l’Esprit Saint et des personnes humaines, ou le lieu de jonction de l’Esprit-Saint et des nations. Ceci se reflète dans la conclusion du concile de Jérusalem : « L’Esprit-Saint et nous… avons décidé telles et telles choses... » (Ac 15).
L’église devrait se faire le pédagogue des nations afin de les amener vers la Jérusalem céleste.
Or, que se passe-t-il à cet égard à cet égard au sein des nations actuelles dans l’Occident européen, dans nos sociétés et chez les individus qui y vivent ? Grande question !
Il semble qu’il y ait de moins en moins de place pour Dieu. Il y a place pour la politique, la sociologie, la psychologie, l’économie, la science, les sciences mais pas pour la théologie.
La théologie, à notre époque - je ne sais si vous l’avez remarqué - est devenue chétive !
Où placer d’ailleurs, chez l’homme contemporain qui conduit sa voiture, qui travaille 10 heures par jour et qui s’offre quelques crises de dépression et visites chez le psychiatre de temps en temps… où placer Dieu ?
Le Royaume des cieux nous est quasi fermé.
Selon l’anthropologie traditionnelle de l’Eglise orthodoxe, cette fermeture signifie que nos contemporains sont coupés de leur propre esprit. Celui-ci est en sommeil, ignoré. Et ceci exige une explication.
Dans sa nature, l’être humain dispose, en effet, du corps, de l’âme et de l’esprit : corpus, anima, mens en latin,  soma, psyché, pneuma (ou noüs), en grec.
Les deux premiers, le corps et l’âme, sont connus immédiatement. Ils sont palpables, ils sont étudiés, utilisés. Mais le troisième, l’esprit, est le plus souvent ignoré ou seulement transposé, ici en France, en intellect ou raison qui en sont seulement les instruments.
Cette ignorance crée une autre ignorance, l’ignorance de ce qui se passe dans l’homme. Car, comme dit l’apôtre Paul : « Seul l’esprit  de l’homme connaît l’homme, comme l’Esprit de Dieu connaît Dieu. »
Je vous donne un exemple. Monseigneur Jean, alors tout jeune prêtre, se trouvait un jour, en 1939 dans un bistrot à côté de la place de la Concorde avec des intellectuels de l’époque. Il y avait Drieu la Rochelle et quelques disciples de Maritain… Ils discutaient : « Est-ce que la guerre va avoir lieu ? » En 1939, le pacte de Munich était là. Tous disaient : « Elle n’aura pas lieu ». Monseigneur Jean aussi, car il ne voulait pas qu’elle ait lieu. Et au moment où il disait cela, il entra dans son esprit et vit que la guerre était certaine.
Tout homme peut faire cette une expérience. Notre âme nous dicte des choses et notre esprit, toujours clair, voit ce qu’il en est réellement.
L’esprit de l’homme, en effet, a deux caractères :

    • tourné vers l’être, c’est-à-dire, vers l’existence et vers les individus, il est clair et sans parti pris,
    • tourné vers Dieu, il est le temple de la présence divine. La présence divine, au premier degré, se trouve dans notre esprit.

Nos contemporains n’ont pas l’esprit tourné vers Dieu et ils ne le contactent pas non plus pour eux-mêmes. Il n’y a pas de présence divine consciente. Ceci se traduit par : pas de religiosité véridique,  ni de sûreté intérieure,  ni de discernement, ni  de pensée pure. On cède à la préférence de l’âme. Il s’ensuit une fragilité qui livre le plus grand nombre et souvent nous-mêmes aux passions. La passion vient lorsque le supérieur, par exemple l’esprit, est séduit par l’inférieur, par exemple par l’âme. La raison, l’intellect, qui sont des instruments de l’esprit, viennent alors parasiter les individus. Ce qui est très fréquent.
Il s’ensuit : de nos jours, la soumission des consciences au matraquage de l’information, de la propagande, de la psychologie commerciale, de l’humanitaire, du scientisme, etc…
Ensuite, en plus de ce que je viens de vous dire – je vous ai parlé de l’ignorance de l’esprit – on assiste dans nos sociétés, à  l’émergence de l’individu. Ce n’est pas l’homme de classe que l’on connaissait au XIXème siècle, tel l’ouvrier ou le patron, mais l’individu assujetti à la Sécurité sociale par exemple… N’y voyez rien de péjoratif !
Cet individu découvre et le plus souvent subit sa complexité psychologique ; il est sensible à tout, ou du moins on le lui dit, ce qui est autre chose, on le lui impose dans des conditionnements  industriels et commerciaux.
L’individu contemporain est psychiatrisé, psychologisé, analysé, soigné, commercialisé, intellectualisé… On peut en faire une litanie ! Et il cherche inconsciemment à échapper à ces prédateurs par la voie inconsciente de l’esprit qu’il ignore. Ce qui est assez paradoxal. La pression psychologique oblige l’individu à reconnaître en lui-même une réalité qui n’est pas l’âme (elle est l’objet de tous les assauts) mais qui est « cela » où il peut se réfugier, être tranquille, et que j’ai nommé « esprit ».
La poussée spirituelle grandit à notre époque. Et si les cieux sont fermés, très curieusement les cieux sont réouverts par ce que j’appellerai le fait de société. On cherce l’esprit pour se reposer des fatigues de l’âme, telles que les angoisses et les troubles psychiatriques.
Un exemple bien connu de cette poussée de l’esprit qui est en l’homme et qui le fait homme est celui des sectes. Tous nos responsables civils et nos prophètes contemporains sont hantés par les « sectes », hantés par la montée de l’esprit chez les individus,  la montée de ce quelque chose d’inconnu qui échappe à la main mise, à la propagande, à l’âme et qui n’est pas religieux car, en fait, est secte l’individu ou le milieu qui découvre ou redécouvre cette zone de l’être, l’esprit, redécouvert non pour retrouver Dieu, mais pour trouver un peu de paix au milieu des assauts contemporains.
On peut, ainsi, faire une remarque : le fait d’être secte ou d’entrer dans une secte est psychologiquement bon puisque l’esprit est présent et créé autre que l’âme et le corps.
Me semble-t-il, voilà ce qui se passe de plus en plus à notre époque.
De plus, l’ignorance contemporaine, même provisoire, de l’esprit a provoqué l’enfermement progressif de l’individu sur lui-même. L’ancienne alliance juive et le christianisme, avec l’apôtre Paul, donnent à cela le nom d’idolâtrie : l’enfermement sur soi, l’amour de soi ou l’amour des formes extérieures. L’homme, en son âme et son corps, se trouve projeté dans les éléments psychiques et physiques de l’univers et assujetti à eux. Je dis assujetti parce que seul, chez l’homme, l’esprit n’est pas assujetti : il est pacifique, il est clair et dégagé de tous les conditionnements. S’ensuivent, dans nos sociétés, des phénomènes et des comportements ambivalents.
Premièrement, la solitude ou l’isolement de l’être humain.. Le spirituel étant absent ou s’étant absenté, l’homme perd progressivement le contact avec Dieu, avec l’ange, avec ce qui est esprit. Or Dieu est Esprit, l’ange est esprit et est esprit aussi ce qu’ils font. En même temps, l’homme devient narcissique par rapport au cosmos. C’est-à-dire qu’il s’entoure des éléments psychiques et physiques de l’univers visible – peut-être ce que la Bible appelle les vêtements de peau –, animaux, végétaux, minéraux. Il les utilise à son profit et est alors isolé par rapport au cosmos.
Ajoutons avec les Pères, et en particulier avec l’évêque Jean, que cet homme contemporain, en utilisant, en maniant et profitant des éléments du cosmos (les bêtes, les plantes, les pierres, la terre, l’eau, le feu…) et de toutes les lois de l’univers, réclame inconsciemment  au monde cosmique, de lui procurer ce que Dieu seul peut  procurer : à savoir, chaleur, lumière, vie, liberté…
La technique contemporaine procure à l’homme des ersatz  de paradis. La conquête de la lumière, la couleur, la vitesse, la puissance des éléments sont des sortes d’ersatz de paradis et, étrangement, l’homme ayant délaissé l’usage de son propre esprit demande à ce dont il use, qui est et psychique et physique, de remplacer l’esprit et de lui procurer le contact avec Dieu et de le déifier. Devenir un dieu sans Dieu !
Je ne sais pas si vous avez entendu parler de l’intelligence artificielle. Elle court les télévisions, les rues… à notre époque : on parle de IA – encore une de ces abréviations auxquelles on ne comprend rien.
L’intelligence artificielle est promue par certaines sciences contemporaines et liée à la numérisation. Un beau jour, on va vous numériser tout entier, vous mettre dans la machine et produire un robot qui sera vous-même. Mais il sera plus intelligent que vous. Vous n’aurez pas d’effort à faire, il fera tout ce qu’il faut et vous dictera vos attitudes.
Ceux qui professent cette robotique vous disent : « On va vous procurer l’immortalité. On va commencer par 50 ans, puis 200 ans et après, l’immortalité. » J’avais envie de demander à ce monsieur en face de moi à la télévision : « Qui paiera votre retraite ? »
Ce faisant, comme les éléments du cosmos résistent à cette quasi substitution de Dieu chez l’homme – ce quasi viol qu’est l’utilisation des forces, des énergies de la terre - ces éléments réagissent parfois et l’homme  s’étonne,  demandant à ses savants, ses politiciens et ses prophètes de les contenir dans ce qui est exigé d’eux ! Voyez les tremblements de terre, les tsunami, etc.
La revanche interne, sa résistance, qui rééquilibrent les rapports avec l’homme et qui sont implicites, étant donnée l’ontologie, résident dans deux phénomènes au moins :

    • le premier est l’écologie contemporaine, la défense et la protection du cosmos, de la terre, de l’air, de l’eau… et la réapparition des personnalités angéliques et des énergies qui se démarquent du cosmos pour alerter les hommes et les ramener vers leur propre esprit. Les anges sont présents dans cette perspective

    On peut se demander si tout ceci ne prépare pas aux retrouvailles avec la paternité divine.

  • deuxième ambivalence contemporaine : la perte de valeur et de sens de l’union des dissemblables qui vient, dans nos sociétés, de la fermeture des cieux à l’esprit.

L’interpénétration des dissemblables et leur déséquilibre est pourtant le moteur du destin.
Prenons quelques exemples. Le plus grand déséquilibre se trouve entre Dieu et sa créature comme entre le Christ et l’Eglise ou entre l’homme et la femme ou l’esprit et la matière, la lumière et la chaleur. L’union des dissemblables est le moteur de la transformation de l’univers, de l’acquisition des caractères réciproques.
Tout ceci est résumé dans la tradition chrétienne depuis les origines, en particulier par saint Athanase le Grand : « Dieu est devenu homme pour que l’homme devienne dieu. »
Les épousailles rendent Dieu fécond de l’homme et l’homme fécond de Dieu, la femme féconde de l’homme et l’homme fécond de la femme, l’esprit fécond de la matière et réciproquement.
L’ignorance de l’esprit chez nos contemporains, la disparition progressive de Dieu, le narcissisme et l’idolâtrie dont j’ai parlé tout à l’heure, suppriment cette communion dynamique que l’on peut appeler « épousailles » ou « interpénétration ». Dans l’épître aux Romains, saint Paul dit : « Délaissant l’usage des rapports entre Dieu et l’homme, entraînant aussi un délaissement de l’usage des relations entre l’homme et la femme, entre l’esprit et la matière… » on se livre à ce qu’il appelle « des relations honteuses ». Et ceci enferme les êtres humains dans la seule perspective de l’existence éphémère, horizontale, entre la naissance et la retraite.
On peut donner quelques exemples de ce délaissement progressif de l’union des dissemblables, de l’idolâtrie et de l’accroissement de l’union des semblables.

  • Premier aspect.

Reflet de l’abandon des unions des dissemblables : l’accroissement de l’homosexualité et la requête des homosexuels d’obtenir un statut légal, civil. Ils veulent se marier et avoir le droit d’adopter des enfants. Il s’agit bien de l’union des semblables au moins physiquement. Cette union ne procure aucune fécondité physique mais il peut y avoir une fécondité psychique, chaque être humain étant plus ou moins féminin ou masculin. Il n’y a là aucune perspective de dépassement du corporel et la stérilité est masquée par l’adoption éventuelle. Je ne mets pas en cause les homosexuels : ils sont là et ils sont souvent bien réels et même plus réels que d’autres.
Ce qui est significatif dans ce propos est la demande de légaliser le duo couple à l’égal du couple homme-femme. Ce qui trahit, aux dires même de saint Paul, l’idolâtrie de notre temps et trahit l’accès à la vie. Or la vie, c’est la fécondité.
On dépiste ici le goût de la mort. Paradoxalement, on veut faire passer la mort pour la vie et mettre en place les énergies de la mort et les faire passer pour des énergies vivifiantes.
L’union des semblables ne procure pas d’accroissement de la vie, pas de mouvement, pas de transcendance, pas de don, pas d’abnégation.
Prenons le chaud et le froid dont le premier exemple est la machine à vapeur. Ensemble, ils créent du mouvement. Le chaud se donne au froid, le froid au chaud et la machine se met à tourner. Supposez que les deux deviennent étals, tout est tiède et la machine s’arrête. Rien ne se passe.

  • Deuxième exemple : le clonage des hommes. Cela a déjà été fait chez les animaux. Un chirurgien marseillais me faisait remarquer : « Nous sommes tous des clones d’Adam. » C’est vrai, l’être originel était androgyne.

Le clonage humain, qui ne s’est peut-être, pas encore fait dans l’histoire, procurerait une extension physique de soi, indéfinie, une illimitation, mais avec un caractère délicat : sans donation. Le même être physique se multiplierait, se reproduirait, et alors le semblable l’emporte encore sur le distinct et l’homme se retrouve seul.
Où gît la difficulté ici ? Dans le défaut de perspective de transcendance pour la chair. L’éternité de la nature physique se présente entachée de la mort des individus. La nature humaine l’emporte sur la personne, le collectif domine sur le personnel, l’anarchie sur la structure. Encore la mort.

  • Troisième exemple : la demande de quelques milieux chrétiens de donner accès aux femmes au sacerdoce ministériel. Ceci s’était emparé de notre église il y a 25 ans ; maintenant s’estompe. Que les femmes deviennent prêtres ou évêques. Cela se fait en Angleterre, aux Etats-Unis, chez les anglicans et les épiscopaliens.

La question du semblable et du dissemblable se pose ici aussi. Pour comprendre, il convient de contempler l’humanité aux origines, c’est-à-dire avant la chute, avant la séparation d’avec Dieu.
Il faut également se projeter dans l’avenir, c’est-à-dire dans l’univers renouvelé où la mort ne sera plus, où le Christ est ressuscité.
A l’origine, Adam est un, il est androgyne. Il nomme les animaux, il s’arrête. Il est seul. Dieu dit alors : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Ensuite Dieu scinde l’homme en deux, apportant une distinction dans l’être entre le masculin et le féminin. Et Dieu place dans ce nouveau rapport de l’homme et de la femme, la responsabilité du destin. Quel le destin de l’homme et, à sa suite, de la création entière ?  s’unir à Dieu. A l’homme, dans son rapport avec la femme, est ainsi donnée une action semblable au rapport de Dieu avec la création, et à la femme, dans le rapport avec l’homme est donnée une action semblable à celle de la création avec Dieu.
Il est donné à la relation entre l’homme et  la femme, le décalage des fonctions et le mouvement. Supprimer les deux, le monde va s’arrêter.  Comme cela est placé avant la chute et au-delà de la chute, l’homme va, au sein de son existence, même au sein de la mort et de la douleur, aller à l’accomplissement de son destin en maintenant le décalage des fonctions.
Je crois que ceci constitue une des raisons essentielle : le décalage des fonctions et leur maintien est le gage de la transformation énergétique de l’humanité et du monde, et au-delà du monde, en Dieu. Supprimer ce décalage et donner les mêmes fonctions à l’homme et à la femme est possible, mais cela attache l’humanité à la terre, au sol pour toujours. On fera, alors, des réparations, on fera des progrès physiques, psychiques mais rien ne reliera l’homme à la sagesse divine paternelle. Il se retrouvera seul, incapable d’expérimenter la liberté ontologique qui ne peut paraître qu’en se dirigeant l’un vers l’autre (le masculin vers le féminin et réciproquement).
Reprenons les exemples précédents et montrons comment ils peuvent permettre de déceler le destin sous-jacent de l’humanité par la quête de l’esprit chez les contemporains. Cela va peut-être vous paraître paradoxal.

    • En effet, que fait le statut physique d’homosexuel ?

    Il adopte le « ton » du Royaume. Le Christ dit en effet : « Dans le Royaume, il n’y a plus de mariage. » On devient analogue aux anges. Il n’y a plus ni homme ni femme. La postérité s’acquiert autrement que par l’union charnelle.
    A l’Adam primordial, Dieu dit : « Croissez et multipliez ». Il n’y avait pas, alors, Adam-et-Eve, mais l’Adam androgyne. Comment se multiplie-t-il ? On peut approcher le mystère par Marie, mère du nouvel Adam : elle n’a pas eu besoin de connaître d’homme pour engendrer.

  • Le  clonage, lui, laisse la porte ouverte sur la question, non de la nature humaine, physique, psychique et spirituelle, mais de la personne. Ce qui est la grande question de l’avenir. Le Christ dit : « Vos noms sont inscrits dans les cieux. » Le nom  n’est pas un élément de la nature… c’est la personne qui n’est soumise ni à la quantité, ni à la qualité. Elle ouvre à toutes possibilités.
  • Le sacerdoce accordé aux femmes comme à l’homme est l’anticipation du Royaume où il n’y a plus ni homme, ni femme et où tous sont rois et prêtres. Cependant comme il n’y a pas, ici, libération des conditionnements du péché, de la mort, de la souffrance, tous ces mouvements sont prématurés. L’église de Rome demande à ses prêtres le célibat. Ce n’est pas faux puisqu’il n’y aura plus ni homme ni femme mais pour l’instant il n’en est pas ainsi. C’est prématuré.

Tout cela pour dire le programme inscrit dans l’homme : ni mort, ni pleurs, ni souffrance, ni maux, mais être en communion avec Dieu.
Une remarque s’impose : l’isolement de l’homme contemporain, l’oubli de l’esprit dans la culture laïque, remplacé par la raison et par l’intellect, cette fermeture aux capacités de l’esprit qui est le temple de Dieu, expliquent le succès de l’islam, surtout chez certains intellectuels. L’islam professe la transcendance absolue de Dieu et réserve aux hommes la relation rituelle avec Dieu. Comme l’homme représente ce que Dieu prévoit et la femme la réponse du cosmos à Dieu, l’homme devient « esprit » et la femme seulement recluse. Dans l’islam, il n’y a pas de réponse du cosmos parce que ce Dieu ne S’incarne pas. Telle est la difficulté de cette religion. On peut dès lors prévoir que l’islam viendra à sa transformation par une femme
Que se passe-t-il encore dans nos sociétés ?
« La réapparition laïque de l’esprit » ou (re)découverte de l’homme comme temple d’une présence sans savoir qui est présent. Cela s’accompagne de nombreux phénomènes de société.


En voici quelques exemples utiles pour retrouver la porte des cieux :


- Premièrement, on discerne la séduction de l’esprit par l’âme, du supérieur par l’inférieur. Cette séduction crée ce que l’on appelle les passions et les exaltations de type secte. Exaltations, car l’esprit a la capacité d’extase et la puissance de l’esprit transmise à l’âme entraîne celle-ci. Lorsque l’esprit de l’homme se tourne vers l’âme ou le corps, il suscite, par son énergie, des exaltations physiques et psychiques.
Une petite histoire. Il était une folle en Christ dans un village de Russie qui vivait à côté d’un monastère. Elle était connue du moine portier. Un jour elle arrive à la porte : « Il y a le feu chez vous. Donnez-moi un seau d’eau. » Le portier lui ouvre. Elle file à toute vitesse avec son seau d’eau vers la cellule d’un moine en extase. Elle lui jette l’eau au visage. « Le feu est éteint. » C’était une extase psychique.
Lorsqu’est donné à l’âme le feu des énergies spirituelles qui sont bien supérieures aux énergies psychiques, cela suscite des renouvellements,  des expériences, des guérisons parfois spectaculaires qui éveillent l’âme à des capacités universalistes et qui souvent subjuguent  et aliènent toute liberté entraînant le fanatisme et le meurtre.

- Deuxièmement, nous avons connu de nombreuses tendances appelées, il n’y a pas très longtemps, « New Age ou Nouvel Age ». Elles entrent dans cette catégorie où l’âme s’exalte et s’absolutise au feu spirituel non contrôlé.

Que se présente-t-il derrière, et à travers la tradition de l’église ? A travers les mouvements constatés, on discerne la tendance de l’esprit à réapparaître, à recevoir la révélation divine et à rendre à l’homme son vrai destin. Ceci est latent dans nos sociétés.
Je vais vous citer un dernier exemple qui n’a rien à voir avec l’église. Je voyage beaucoup. Et je vois qu’en Occident, les gens courent… On coure dans les villes, on coure dans les campagnes. Je vais en Orient, par exemple… en Géorgie, en Egypte, en Ethiopie, personne ne coure ! Pourquoi courent-ils ? Où vont-ils ? Ils le disent ainsi : « On ne va pas, on coure ! » Voici peu de temps, je me suis renseigné auprès d’un coureur de marathon. Il me répond : « Courir dix minutes est dur, mais au-delà, on entre dans des états que je ne connaissais pas. » Par là on trouve une sorte d’exaltation, une paix.
Je me suis dit : de même que l’eau est un très bon conducteur de l’électricité, de même le corps est un très bon représentant du monde spirituel, tandis que l’âme n’apporte rien. Vous connaissez les contes de fées… pas les contes de grand-mères pour faire tenir les enfants tranquilles… « les vrais » contes de fées où le monde corporel, animal, végétal, etc reçoit le monde spirituel. Toutes les paraboles du Christ sont physiques, aucune n’est psychique. A travers cet exercice physique, corporel (courir), inconsciemment, les contemporains rentrent dans leur esprit. Et là, ils savent qu’ils vont trouver de la paix. Je suis persuadé de cela. Je recommande à tous les ecclésiastiques de faire tous les matins le tour du pâté de maisons là où ils se trouvent. Cela nécessite un petit effort au début. Mais ensuite, quand ils sont entrés dans leur esprit, ils ytrouveront la présence divine.
Quand le Christ envoie les apôtres pour la prédication, Il renouvelle ce qu’Il a dit dans le Sermon sur la Montagne : « Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ».
Il envoie réveiller l’esprit chez les hommes, Il resale le sel, Il rétablit la lumière au sein des nations, à savoir là où les hommes se trouvent dans leurs conditionnements quotidiens, à toutes les époques… !
Ceci est une affirmation qui demande à être examinée et qui fera bientôt l’objet où sera proposé de reconnaître (« Je serai avec vous jusqu’à la fin des siècles… ») des mystères dans la vie concrète des peuples par l’évangélisation des nations.
Merci de votre aimable attention.