Extraits de Cours

 

« Le Livre de Tobit » - 1ère partie
Cours professé par Hubert Ordronneau durant l’année académique 2016-2017.

 

Introduction

 

Le livre de Tobit n’est pas un conte de fées. Pourquoi cette mise en garde ?
Interrogeons-nous donc sur ce que l’on attend d’un conte : globalement c’est un récit imaginaire où le magique, l’intemporel, l’extraterrestre, voire l’aspatial sont de règle. On s’y déplace à travers le temps et l’espace avec une célérité impossible pour notre incarnation. Pour ces différentes raisons, ils sont le plus souvent destinés aux enfants dont la crédulité et l’imaginaire encore vierge s’accommodent aisément de ces défis au cartésianisme et au pragmatisme de l’âge adulte.
Il est d’autres contes, qui ne sont plus des contes de fées ; ils sont à visée éducative par le truchement de narrations symboliques qui proposent au lecteur une réflexion philosophique ou morale, portant le plus souvent sur des problématiques d’une époque, d’une société, d’un âge, d’un type de mœurs, de traditions etc.
Le livre de Tobit entre dans cette catégorie d’œuvre initiatrice, qui fait un sort aux conditionnements extérieurs de la piété, du règlement moral, du rapport à Dieu. A ce titre, il est donc un livre d’une grande importance, même si les éditions protestantes et juives de la Bible l’ont éliminé de leur choix ; seule l’Église catholique, tant orthodoxe que romaine, l’a conservé. On peut dire que c’est une heureuse décision.
Il y a dans l’initiation par le conte un processus indiscutable de compréhension et d’apprivoisement de l’humaine condition : chacun par ce biais retrouve en soi tous les hommes, c’est-à-dire un niveau de réalité psychique qui transcende l’espace et le temps, qui n’est pas prisonnier d’une civilisation ou d’une éthique, qui fait partie intégrante de notre incarnation, que la nature nous a donné comme un outil de connaissance, de travail intérieur et extérieur, un instrument de socialisation.


Le conte, quand il est de qualité, est libérateur ; et dans le contexte qui nous intéresse, livre inspiré, il nous fait découvrir une exemplarité de fidélité à Dieu, dans une famille particulièrement éprouvée.
Tobit, le maître de maison, est un homme juste, homme de prière, de justice, de charité et pourtant sa propre vie et celle de sa famille connaissent de grandes souffrances, de celles qui dans l’antiquité, chrétienne autant que profane, laissaient supposer qu’elles étaient un châtiment pour des fautes cachées de soi ou de ses ancêtres. Cette interprétation tristement humaine de « penser » Dieu, de Le recevoir dans sa vie comme un surveillant tatillon de toutes les actions des hommes et prêt à exiger des comptes, voilà qu’un conte nous amène « à voir la vie humaine avec les yeux de Dieu ».
En effet, quoiqu’il arrive à l’homme, il ne doit pas renoncer à vivre, Dieu l’a créé pour cette aventure, mêmes si elle est plus âpre et plus rude que ce que l’on souhaiterait ; le conte permet de dépasser l’étroitesse de nos contingences, les limites de notre piété, la sécheresse des codes institués et des rituels accomplis sans l’adhésion du cœur. Le conte, comprenons bien, ce mode de lecture de l’existence, fait éclater nos limites et nous rend familier des anges, du merveilleux ; il nous permet d’accueillir ce que nos habitudes et notre raideur intellectuelle ou ritualiste nous empêche de voir et même d’espérer.
Si l’on veut entrer avec une certaine justesse dans le Livre de Tobit, il faut accepter d’interroger notre âme plutôt que nos modes de vie, notre inconscient plutôt que notre conditionnement socio-culturel. Le Livre de Tobit est celui qui, au dire de la plupart des exégètes, a le plus besoin de recourir aux symboles et aux images, faute de recevoir la grandeur exceptionnelle de l’œuvre. Il serait trompeur sans doute aussi de se cantonner au Tobit de l’antiquité et de le situer dans sa sphère d’existence. En revanche se demander quel homme est le Tobit qui vit en nous, et comment vit ce Tobit personnel qui doit affronter une telle existence, telle est la quête que nous devons enclencher : quête de soi, quête de l’homme éternel, quête de Dieu, cette trilogie signe l’aventure de l’ouvrage que nous étudions.


« Je suis la Voie, la Vérité, la Vie » dit le Christ qui, en dehors du commandement d’amour pour Dieu ou son prochain n’a donné aucun commandement.
Quand nos vies, aux carrefours les plus inquiétants, je parle de crises existentielles, doivent se réorienter, qu’elles sont traversées par des déchirements et des détresses qui jettent l’âme dans la nuit, quels propos sont les mieux entendus ? ceux de la raison et de la volonté, ou ceux de l’intuition ? ceux qui nous ramènent dans l’ordre établi, ou ceux qui vont nous donner notre pleine dimension d’homme, quitte à braver les traditions et les usages ? De toute évidence, l’option prise dans ce Livre où Tobit père, Tobie fils, Sarah, doivent emprunter des chemins d’initiation qui les éloignent de ce qu’ils attendaient par habitude ou tradition, l’option est celle d’écouter le cœur, mais un cœur plein de Dieu, de fidélité et d’amour.
Chacun est convoqué, et c’est une question de survie, à emprunter sa propre route, unique, empruntée par aucun autre, mais vraie, car chacun est unique essentiellement. C’est la vie accidentelle qui nous met les uns et les autres sur les mêmes routes.

 

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 Etude du chapitre 5 : Préparatifs du voyage

 

C’est un chapitre extraordinaire qui nous situe, lecteur, au nœud de l’histoire, en commençant à nous donner des indices de plus en plus lisibles de compréhension. Le chapitre s’ouvre par une réponse d’obéissance et de piété filiale de la part de Tobias : « Je ferai, père, tout ce que tu m’as ordonné ». Reste un point crucial pour Tobias : comment récupérer l’argent (soit 15500 euros environ) prêté jadis à un ami ? Les trois premiers versets de ce chapitre sont consacrés au recouvrement de cette dette : les signes de reconnaissance réciproque, puisque les personnes ne se sont jamais vus, la preuve du dépôt d’argent, la durée de ce dépôt. Jusqu’au chapitre 9 (et cette restitution n’occupera que quelques lignes) il ne sera plus question d’argent, ni par la suite d’ailleurs, sauf au chapitre 11, en une demi ligne. Il faut donc s’interroger sur ce qui apparaît le prétexte du voyage de Tobias, et non son but premier comme il serait naïf de le croire.


Nous notons d’abord que l’argent, dans un contexte global de spiritualité, représente la plus basse marche de l’élévation ; qu’il est souvent perçu comme méprisable en tant que tel, parce qu’il symbolise et concentre sur lui des références lourdes de vision matérielle de la société, d’obsessions d’enrichissement, d’âpreté au gain voire de sourde cupidité. Hors les sociétés capitalistes dûment proclamées comme telles, l’argent est suspect s’il ne se métamorphose pas en don et en générosité pour la collectivité. C’est une tradition éthique que se partagent toutes les sociétés à travers les âges. Or il se trouve ici que, pour que s’accomplisse la destinée de Tobias, fils de Tobit et futur époux de Sara, Dieu inspire au vieux Tobit cette idée d’argent à récupérer. Logique, dira-t-on, la pauvreté s’est invitée dans la maison, et Anna elle-même a dû trouver un travail externe à sa propre demeure pour survivre. Est-ce bien une raison suffisante pour que de vieux parents incitent leur fils unique à entreprendre un voyage quand ils sont devenus vulnérables, à voir s’éloigner leur secours et leur soutien ? D’ailleurs Anna craint de ne plus revoir ce fils chéri.
Interrogeons donc ce rôle de l’argent, déposé au loin, chez un ami, il y a vingt ans, sur la route qui passe aussi par la maison des parents de Sara. Et si cette idée était une inspiration divine qui décide le vieux Tobit à recouvrer ces dix talents d’argent pour que, sans même qu’il s’en doutât, sa vie ne s’achève pas dans la désolation et la déréliction ? Projet de Dieu pour « redonner la main » à Tobit qui abandonne le combat de la vie. Dieu lui remet en mémoire ce dépôt d’argent et la nécessité, maintenant, de le reprendre, cet argent qui dans nos vies est un outil banal ; et c’est cette banalité qui est la plus propice à cacher la main de Dieu, que celui-ci précisément utilise pour laisser à Tobit l’initiative qui, au bout du compte, sera source de sa guérison et de sa sérénité reconquise.
Admirable témoignage à nos yeux de l’infini respect de Dieu pour sa créature ; Il se sert des mêmes instruments que nous, mais leur confère une autre dimension, cachée, insoupçonnée, mais inspirée par l’Esprit pour retrouver la route qui conduit à Lui. Si donc, ayant achevé notre lecture, nous procédons à une rétrospective, nous commençons à entrevoir que la pauvreté matérielle de Tobit dissimule et révèle à la fois la pauvreté spirituelle qui a gangrené son âme, l’assèchement de celle-ci que les nombreux et constants exercices de piété qu’il a accomplis n’ont pourtant pas nourrie.
Mais pour comprendre cette leçon, il nous revient de débusquer aussi le vrai rôle de l’ange Raphaël, qui aura mission finalement de récupérer l’argent de Tobit, pendant que Tobias découvre l’amour de Sara, le partage et reste auprès d’elle. L’ange qui assiste le voyageur fait un détour par la maison de Sara, pour que d’abord et avant toutes choses, l’amour soit éveillé, impose sa loi et revivifie les deux familles affligées. Ce voyage correspond à ce qu’on appelle « la loi du détour » qui permet l’ouverture sur le monde, aux autres, et le dépaysement de soi. L’homme renonce à son autosuffisance et quitte son autarcie psychologique et spirituelle.


La manière de recouvrer de l’argent réglée, Tobit formule ses derniers souhaits ; que dit-il ? Ce sont trois injonctions : « Cherche-toi quelqu’un de sûr pour t’accompagner, nous lui paierons un salaire jusqu’à ton retour, va donc reprendre cet argent chez Gabaël ». Notons encore une fois le peu d’espace pour l’aventure. Certes Tobit s’honore à tout régler pour aplanir les éventuels désagréments de son fils, il se montre avisé et bon père, mais en même temps il restreint le champ des possibles. Programme verrouillé. Disons-le autrement : quel espace de liberté pour l’entreprise de son fils ? Tobias sort donc de la maison de son père avec une double perspective : trouver un accompagnateur, et un guide. Compagnon et guide sont deux dimensions de l’être utiles à Tobias : celui qui partage la vie, les expériences, le quotidien dans sa trivialité, et celui qui trouve le chemin, met en garde contre les fausses routes, ou les dangereux chemins, voire les faux-pas. Et surtout il peut être le révélateur de nous-même, surtout si c’est un ange de Dieu. Et miracle, en sortant tout juste de la maison, il trouve Raphaël, debout, devant lui. Trois informations sont livrées dans ce bout de phrase : le personnage (ou la personne), la position (debout), la situation (devant lui). Cette triple information campe une résolution dans les deux sens du terme : fermeté dans l’entreprise, et règlement des problèmes.
Pour le lecteur, une information supplémentaire est fournie, à deux niveaux : « Il ne se douta pas que c’était un ange de Dieu » ; cette notation est importante parce qu’elle va dès maintenant, et durant tout le voyage, mettre en lumière la confiance de Tobias, confiance naturelle d’un cœur qui croit en l’homme, à sa vertu, bref une sorte de foi en l’humanité qui vit un destin commun. Il va, grâce à lui, s’initier à la vie d’homme ; il est en route vers une maturation de tout son être. On pourrait croire Tobias naïf, trop prompt à accorder sa confiance. Il n’en est rien car le conteur va donner à l’ange l’occasion de montrer qu’on peut avoir confiance en lui ; il connaît la Médie où il est allé bien des fois : « Je connais les chemins par cœur » dit-il, et nous comprenons l’implicite spirituel qu’il désigne par ces mots. En effet les mots grecs pour exprimer cette excellente connaissance des routes sont : « empeirô » et « epistamai », c’est-à-dire : « J’ai l’expérience et je connais ». Deux plans de connaissance qui sont ceux, complémentaires, de la vie spirituelle. Et il avait dit tout d’abord : « Je suis fils d’Israël, l’un de tes frères » . Enfin, il avait l’habitude de se loger chez Gabaël, celui-là même à qui Tobit père avait prêté de l’argent. Pour le profane, on est en plein conte de fée ! Mais celui qui croit en Dieu, en sa providence, en son amour de l’homme se trouve projeté en face du mystère de la vie et du salut, témoin soudain de la protection divine et de sa bienveillance sans faille pour les hommes.
Traduisons ces mots : Dieu veille pour le bien des hommes. Il met sur leur route ses dons sous la forme de personnes et de situations qui concourent à leur progrès personnel. A chacun de les voir, et de les accueillir ou de les récuser. L’attitude de Tobias répond en tous points à l’attente de son père, et il lui confirme : « J’ai besoin que tu viennes avec moi, je te paierai ton salaire ». On est sensible ici d’une part à la rapidité de l’acquiescement, comme la réponse positive à un appel, et d’autre part on notera, comme il est fréquent dans la littérature juive, la rétribution annoncée. Nous avons déjà dit, vous vous le rappelez que dans la religion juive, le salaire dû pour un service n’appartient plus à celui qui a bénéficié de ce service. Cette idée d’ailleurs passera dans l’enseignement des Pères. La réponse de Raphaël nous interpelle quelque peu par sa fermeté et par ce qui semble presque une impatience, alors qu’il vient de se mettre au service de Tobias. « Bon, je reste là, seulement ne t’attarde pas ». Ce que le traducteur exprime par « Je reste là » répond au verbe grec, plus expressif : « proscarterô : je reste fidèle, je reste en service ».


Si l’attitude Raphaël justifie la confiance bien placée de Tobias, elle montre aussi que lui Raphaël, l’ange envoyé par Dieu, arrive au moment exact des événements qui se mettent en place, au moment qui convient ; on peut alors s’interroger sur la liberté de Tobias, choisit-il vraiment son compagnon de voyage ? A-t-il le choix, ou est-il déterminé par une force supérieure à lui, Dieu en l’occurrence, qui piègerait ainsi l’homme et l’obligerait à faire ce que Dieu a décidé à sa place ? Il faut envisager une lecture diamétralement opposée à cela. Raphaël est présent, comme une opportunité qui ne se renouvellera pas, chacun le sait d’expérience, et c’est à Tobias de discerner si son choix est juste, car le fameux « kairos » des Grecs, qu’on peut définir comme le juste moment d’un événement, par définition n’existe qu’une seule fois ; à la décision prise de voyager ensemble, il faut donc ajouter l’action, c’est ce que veut dire Raphaël par les mots « seulement ne t’attarde pas ». Mais c’est Tobias et son père qui décident en dernier ressort. C’est la raison pour laquelle Tobit veut rencontrer lui-même le jeune homme et vérifier le bien-fondé de ce choix. Expérience du patriarche qui veut discerner par lui-même, et qui au fond e lui-même sait bien qu’un garçon ne peut devenir un homme qu’en se lançant dans l’expérience du monde extérieur, en se confrontant à la réalité des obstacles, des choix ou des refus, on se révèle à soi-même et l’on accède à sa mesure d’homme, autonome.


La rencontre avec Raphaël.


Tobit prend l’initiative de la parole et Raphaël répondit : « Je te souhaite du bonheur en abondance ». ou plus exactement « grande joie à toi », ce qui est une formulation plutôt grecque que juive, qui eût été sans doute « paix à toi ». Passons. Tobie a beau jeu de récuser tous ces vœux en énumérant ses chagrins et notamment celui d’être privé de lumière, de gésir dans les ténèbres et aussi de se dire « vivant, j’habite chez les morts » ; formule qui n’est pas sans rappeler ce que nous avons pensé détecter chez Tobit : l’absence de vie dans son application rigoureuse et sèche de la Loi. L’ange réitère ses vœux sous forme de prédiction : « Courage, Dieu ne tardera pas à te guérir, courage ». Pour le malheureux Tobit ce n’est qu’un souhait de politesse. Pour Raphaël c’est une prédiction. Il est donc intéressant de noter qu’entre le lecteur, averti du statut de Raphaël, et le héros du livre il y a distorsion dans la réception du langage. Et cette divergence dans la compréhension des propos a une fonction pédagogique ; informé, le lecteur comprend ce que doit être l’attitude de celui qui met en Dieu sa confiance, et de nos jours le chrétien. Dans la bouche de l’ange l’annonce de guérison prochaine est aussi forte que le propos du Christ adressant au centurion la guérison de son fils, en raison de la puissance de sa foi ; Dieu n’abandonne jamais ses enfants.
Puis le dialogue avec Tobit père reprend presque mot pour mot celui avec Tobias, créant ainsi un jeu de spirale qui sous sa forme de réitération donne aux propos de Raphaël une force de conviction. Père et fils entendent le même discours. Enfin Tobit veut connaître les origines de ce jeune homme, et Raphaël fait une réponse essentielle : « que t’importe ma tribu ? » En fait il s’agit toujours pour Tobit de vérifier cette confiance nécessaire à un compagnon de voyage de son fils, pour être sûr qu’il n’est pas un brigand. Raphaël donne donc une filiation fictive qui apaise le vieil homme : « Tes frères sont des gens de bien, tu es de bonne souche ». Par ce compagnon Tobias va s’émanciper de la tutelle paternelle, sans révolte ni violence, mais parce que son père Tobit le laisse partir. A ce moment précis, il confie Tobias à l’ange avec ces mots tout à fait symboliques : « Mon enfant, prépare ce qu’il te faut pour le voyage, et pars avec ton frère. Que le Dieu qui est au ciel vous ait là-bas en sa sauvegarde, et qu’Il vous ramène sains et saufs auprès de moi ». Tobit remet en toute sérénité son fils à ce compagnon.


A l’opposé du geste libérateur du père s’oppose la parole gémissante de la mère qui, avec un argument percutant, rappelle que : « L’argent ne s’ajoute pas à l’argent, mais qu’il compte pour rien en regard de notre enfant. Le genre de vie que le Seigneur nous a donné nous suffit bien ». Au premier regard, le propos s’inscrit dans la sagesse populaire; mais qu’en est-il en vérité ? Qui l’autorise à vivre à la place de son fils ? en lui imposant leur vie à eux, qui ne doit pas nécessairement être celle de Tobias. Cette opposition entre les géniteurs à propos du départ du fils est fortement symbolique de l’enjeu qui est en cause : devenir un homme par l’expérience et la découverte de soi, ou rester dans le giron maternel, captif des filets du sentiment en renonçant à sa propre destinée, qui se réalise en dehors de la maison paternelle ? Risquons nous plus loin, Tobias ne deviendrait-il pas, sur le modèle de Sara, prisonnière de l’amour paternel qui secrètement la retient dans sa maison ; s’il se dérobe aux épreuves de la vie, comment développerait-il sa personnalité ? pourrait-il délivrer Sara ? comment lui offrirait-il l’amour libérateur grâce auquel ils poursuivront ensemble l’œuvre de création à laquelle Dieu nous invite ?
Raphaël, au chapitre 6, projet de mariage, ne conduira-t-il pas Tobias d’abord chez Sara avant de recouvrer l’argent ? Le symbole ne crève-t-il pas les yeux ? Comme dans les contes et légendes, ne faut-il pas d’abord recouvrer les trésors que l’âme a perdus avant de connaître le bonheur matériel ? Sans aller plus loin pour l’instant, mais pour renouer avec ce que nous avons évoqué supra, Raphaël est bien celui qui nous indique la route à prendre, qui organise notre chemin en même temps qu’il structure notre conscience, lui permettant ainsi d’accéder à une dimension de plénitude ?
Le mot de la fin de ce chapitre revient au père de Tobit qui rassure sa femme par ces mots de tendresse : « Cesse de craindre pour eux, ma sœur (adelphè), un bon ange l’accompagnera, son voyage réussira, et il reviendra sain et sauf ». Quand on se rappelle que dans l’interaction de la spiritualité et de la psychologie des profondeurs l’ange est considéré comme la rencontre de l’individu avec sa propre personnalité, parce qu’il est son être proche ; à ce titre il peut être aussi perçu comme « l’image d’un être qui conduit à la liberté », ainsi que cela est décrit dans les Actes 12, 1-19 » explique Drewermann, faisant référence à la libération de Pierre enfermé par Hérode.

 

La 2ème et dernière partie de ce cours sera professée au 1er semestre de l’année 2017-2018
(cf. programme de l’année académique)
L’ensemble du cours sera l’objet d’une édition dans le cadre des polycopiés de l’Institut.